mardi 15 avril 2008

VIVA MEXICO ! ! !

TOUTE LA PLANÈTE RÉSUMÉE EN UN SEUL PAYS

par Marc Lesnay

Le Mexique, 2 000 000 de km² de superficie, quatre fois la France, au contraire de ce que nous dit le Larousse et l’Education Nationale, est situé non pas en Amérique Centrale mais bien en Amérique Du Nord. Ses 2597 km de frontière avec les Etats Unis suivent le cours du Rio Bravo. C’est en effet le Rio Bravo, nom mexicain du Rio Grande, qui sépare ces deux grands pays. Avec l’autre géant, le Canada, les USA et le Mexique forment donc bien l’Amérique du Nord.

C’est bien sûr l’Amérique latine, qui, elle, commence déjà dans les Etats de sud des Etats Unis, puisque dans les anciennes terres mexicaines notamment du Texas, Californie, Nouveau Mexique et Arizona plus de 28 000 000 de personnes parlent l’espagnol. C’est l’origine de cette culture TEX MEX dont la cuisine confondue en France avec la vraie gastronomie mexicaine fait tant de tors à celle-ci. Le Tex Mex, c’est de la cuisine Hamburger, de la « fast food » chimique et insalubre. Rien à voir avec la cuisine mexicaine classée par les grands chefs du monde comme la quatrième gastronomie mondiale. Quant au fameux Chili con Carne, c’est un plat Texan inventé vers la moitié du XX ème siècle, que vous ne trouvez pas au Mexique, sauf dans quelques Etats frontaliers avec les Etats Unis.

Sa frontière sud, 972 km avec le Guatemala et le Belize, est la limite avec l’Amérique Centrale. Il vous faudra parcourir environ 5 000 Km pour rejoindre Tijuana à Tapachula, les villes respectivement les plus au Nord et les plus au Sud du Mexique. C’est vraiment l’éponge entre le premier monde des Etats Unis et le tiers monde avec l’Amérique Centrale, puis l’Amérique du Sud.

A l’Ouest et au Sud, s’étend l’Océan Pacifique, dont la perle mondialement connue est la ville d’Acapulco. A l’est les côtes sont celle du Golf Du Mexique ( Océan Atlantique ) et au Sud Est la mer des Caraïbes ou Mer des Antilles. C’est de cette péninsule, au Yucatán, très proche de Cuba, que Fidel Castro entreprit son voyage sans retour vers La Havane pour y perpétrer sa révolution.

Les 12 000 km de côte du Mexique sont la source d’extrêmes richesses industrielles et touristiques. De nombreuses installations portuaires y sont installées avec entre autres Veracruz, Cuatzacualcos, Salina Cruz, Mazatlan qui sont des ports industriels, de commerce et pétroliers de grande renommée. Quant à la pêche, elle y est très développée, plutôt artisanale car la flotte de pêche mexicaine aurait besoin d’un bon coup de neuf pour être une concurrente efficace de pays comme le Japon ou les Etats Unis. Quant au tourisme, vous avez tous entendu parler d’Acapulco, Manzanillo, Cancun et bien d’autres villes balnéaires qui se partagent, à grand renfort de publicité, le gâteau de l’or blanc.

Le climat du Mexique est très variable. Une saison sèche, de novembre à avril alterne avec une saison pluvieuse de mai à octobre. La saison des pluies se traduit par de très gros orages vers cinq heures du soir qui inondent hommes et terres en l’espace d’un instant.

Tous les climats de la planète y sont représentés.

Le Nord est constitué par un vaste désert qui représente les 23 % des terres où la moyenne des pluies par an est de 250 mm. La culture n’y est possible qu’en de petites zones, grâce à des puits très profonds. Les parties sauvages sont recouvertes de cactus et de petits arbustes rabougris. On y pratique l’élevage bovin de races zébus, avec intensité.

Le long de la côte Pacifique s’étend sur 1250 km le grand complexe de la Sierra Madre occidentale, et, du Texas à l’état de Oaxaca, au sud-ouest, sur 1350 km, la Sierra Madre Orientale. Entre ses deux grandes chaînes de montagne, dont l’altitude atteint 5747 m au Pic D’Orizaba, se forment les vallées très riches des états du Centre. Ce sont de vastes régions tempérées dans lesquelles se pratiquent la polyculture et l’élevage toute l’année, puisqu’il y règne une température de 23 à 25 degrés en moyenne annuelle, selon les régions. Ce congloméra de vallées et de montagne représente 49 % des terres.

Les 28 % restants sont formés de terres chaudes et très humides qui se situent le long des côtes et dans tout le Sud Est mexicain qui sont les terres des Olmèques, et des Mayas.

Ici la végétation luxuriante reste verte toute l’année. C’est le royaume des cocotiers et des forêts vierges avec leurs flore et leur faune tropicales incomparables. Fleurs multicolores, chants d’oiseaux innombrables, tortues, crocodiles, tatous, singes, iguanes ne sont que quelques exemples de cette richesse naturelle.

Il tombe en moyenne chaque année sur ces régions jusqu'à 2650 mm de pluie. On y cultive ainsi le café, la cane à sucre, les arbres fruitiers, bananes, mangues, noix de coco, l’avocat, l’ananas, la pastèque, le melon et des dizaines d’autres espèces végétales dont les épices comme la vanille et la cannelle.

Il est vrai qu’après vingt ans de vie et de grand reportage sur le Mexique, il m’est difficile aujourd’hui lors de mes voyages dans d’autres pays, d’être étonné par des paysages. J’ai tout vu au Mexique, et j’y ai tout vécu, même des Hold up avec pistolets braqués sur mon visage. Le Popocatepetl, aujourd’hui qui se réveille, était même couvert de neige éternelle accessible pour y pratiquer le ski sauvage. Le Mexique est un mélange d’Europe, autour de Mexico, d’Afrique et d’Asie ailleurs avec ses constructions multicolores,. C’est la Vie poussée à l’extrême avec ses contrastes qui vous font vibrer au fur et à mesure de l’aventure quotidienne qui vous saute au visage lorsque vous passez par le Mexique... ... et Mexico City, sa capitale, avec ses 100 000 000 d’habitants, la plus grande ville du monde

Le Mexique c’est vraiment TOUTE LA PLANETE RESUMEE DANS UN SEUL PAYS.

LA SAGA HISTORIQUE DU MEXIQUE

par Marc Lesnay

Une Hypothèse dit que lorsque le détroit de Behring était encore praticable à pied, mettant le continent asiatique en contact direct avec l’Amérique, des tribus de chasseurs il y a environ 30 000 ans, le franchirent en arrivant de l’Alaska, à la poursuite d’un gibier dont elles suivaient la trace quelquefois sur des centaines de Kilomètres.

Ces chasseurs, 20 000 ans plus tard, arrivèrent dans les vallées verdoyantes mexicaines. La division de ces hommes disons préhistoriques, fut le point de départ des grandes cultures anciennes mexicaines.

Le pays commença à se former lorsque, approximativement 6000 ans avant notre ère, les différents peuples établirent l’agriculture comme base de vie. Mais les traces de ces peuples s’arrêtent bientôt et nous devons passer directement à 2000 ans avant Jésus Christ, années qui furent le point de départ des nombreuses cultures mexicaines.

Parmi les plus importantes, on connaît le peuple OLMEQUE dont l’apogée se situe de 900 ans av J.C. à 800 ans de notre ère. Ce peuple s’établit principalement au Centre-Est du Mexique, dans les états de Veracruz et Tabasco. Mais sa trace est retrouvée mélangée à d’autres populations dans tout le reste du Mexique. On peut dire que c’est vraiment la culture mère des peuples précolombiens mexicains.

C’est avec une tête très plate, déformée pendant l’enfance, le nez et les oreilles percées pour y mettre des ornements, qu’ils se sont représentés sur les vestiges qu’ils nous ont laissés, sculptures géantes de têtes, poteries etc. en provenance de la zone de LA VENTA dans l’état du Tabasco.

Ils avaient un système de calcul vicésimal. Ce système aussi logique que le nôtre, décimal, fut ensuite développé par les Mayas qui y ajouteront le zéro.

Dans les mêmes états et plus au sud, se révéla une autre culture très importante, dont les premières traces nous apparurent vers 1500 avant J .C.. C’est à partir de 300 ans après J.C seulement qu’ils commencèrent à élever des monuments à la gloire de leurs Dieux. CHICHEN ITZA, UXMAL, LABNA, SAYIL et bien d’autres, pyramides et palais, issus de la culture MAYA PUUC, érigés dans l’actuel état de Yucatan, connectés entre eux par de larges voies pavées, TULUM, au bord de la mer des Caraïbes, PALENQUE, YACHILAN ou BONAMPAK , dans la forêt tropicale, font partie de l’époque classique Maya entre les années 300 et 900 de notre ère.

Dans l’actuel état de OAXACA, d’autres cultures très différentes existaient et vivaient avec leurs règles bien particulières, tels les ZAPOTEQUES, qui restèrent en lutte constante avec leurs voisins MIXTEQUES, ceci aux alentours des années 600, jusqu’au jour ou ces deux peuples s’allièrent pour lutter contre l’invasion AZTEQUE qui se faisait de plus en plus pressente à partir du XIIIème siècle. A Oaxaca, on peut voir encore aujourd’hui les vestiges de MONTE ALBAN et MITLA, et le trésor de la tombe n° 7 de MONTE ALBAN, formé de bijoux en or et jade entre autres.

Dans la vallée de Mexico, plusieurs cultures se succédèrent. A la fin de l’empire de TEOTIHUACAN, commencèrent à pénétrer les premiers groupes du Nord, formant un peuple guerrier qui prit le nom de TOLTEQUES. Leur ville principale se nomme TULA ou l’on peut admirer aujourd’hui les fameuses statues de guerriers de pierre de 3m50 de hauteur appelées ATLANTES.

Un de ces princes toltèque qui naquit en 935 ap. J.C. est devenu le héros le plus fameux de la culture indigène. Il s’appelait QUETZALCOATL et aura une importance primordiale au moment de l’arrivée des conquérants espagnols en 1519.

La légende raconte qu’après son départ forcé, pour des raisons politiques, il devait revenir un jour vers son peuple sous forme de Dieu, en sa capitale.

Or Hernan Cortès, commandant les forces d’invasion espagnole, en arrivant sur son cheval, avec une armure ornée de plumes, fut pris pour ce dieu tant attendu. Ceci lui facilita amplement grandement la conquête des peuples indigènes, puisqu’on l’accueillit comme bienfaiteur et non comme ennemi.

Il ne faut pas oublier de nombreuses autres cultures plus régionales mais non moins marquantes de leur époque telles que les HUASTEQUES, les TOTONAQUES de la très grande zone de EL TAJIN dans le Veracruz, ou les NAHUATLS de CHOLULA, dont la pyramide de 480 m de base était à l’arrivée des espagnols, la plus grande du monde. Ceux-ci la détruisirent pour construire aujourd’hui à Cholula, dans l’état de Puebla, avec les pierres récupérées, plus de 365 églises qui représentent une église pour chaque jour de l’année. Il n’en reste qu’une immense colline de grava, avec encore quelques accès intérieurs de l’époque de l’ancienne pyramide et des fondations diverses. A son sommet se dresse bien sûr une église coloniale.

Le Mexique parle encore aujourd’hui plus d’une cinquantaine de langues, issues de ces cultures immenses. Le nord plus guerrier n’a pas donné au Mexique de grands sites culturels mais on peut citer tout de même des populations indigènes comme les WICHOLES, SERIS, YAQUIS, TARAHUMARAS qui aujourd’hui encore font la richesse du Mexique traditionnel

Pour terminer notre tour d’horizon des grandes cultures mexicaines, je dois vous citer les AZTEQUES, la plus jeune et une des plus importantes cultures mexicaines.

En effet, c’est seulement au XIIIème siècle qu’ils arrivèrent du nord dans la vallée de Mexico. A cette époque nous étions sous le règne de Saint Louis et des croisades. Peuple nomade, leur légende leur indiquait de rechercher un emplacement, une terre qui leur serait montrée par l’apparition d’un aigle posé sur un cactus, tenant un serpent dans son bec. Ce fut le cas dans la vallée de Mexico, vaste cirque montagneux inondé par un large lac où ils s’installèrent aussitôt. Le symbole de l’aigle posé sur un cactus, tenant dans son bec un serpent est aujourd’hui le sigle du drapeau et de l’état mexicain.

D’importants vestiges ont laissés d’innombrables précisions sur leur vie. Ils possédaient un calendrier qui fut taillé dans la pierre vers 1469 et sur lequel se voient les quatre cycles de 52 ans qui étaient la base de leur temps. Malheureusement la bande d’aventuriers espagnols qui conformait le groupe de conquérants mené par Hernan Cortès, à son arrivée détruisit d’innombrables vestiges. Ces ex-bagnards notamment rasèrent les pyramides de TENOCHTITLAN, nom de la capitale aztèque, aujourd’hui Mexico, afin de construire par dessus les églises qui sont toujours visibles et constituent le ZOCALO, la place centrale de la capitale du Mexique moderne.

A partir de 1519, date de l’arrivée des conquérants espagnols, une nouvelle ère s’annonçait pour le Mexique, qui devenait alors LA NOUVELLE ESPAGNE. Ce fut la destruction de milliers de temples, de statues, de livres codicés, ce fut le remplacement à la force de l’épée, des religions indigènes par la catholique, ce fut l’esclavage de ces différents peuples, sauf les ZAPOTEQUES, qui devaient au cours des trois siècles suivants enrichir par leur travail, le trésor espagnol par l’extraction de l’or et l’argent ainsi que la culture de la cane à sucre entre autres..

Les mauvais traitements des conquérants envers les indigènes qu’ils décimèrent en les contaminant de petite vérole et de grippes, en les obligeant à travailler sous forme d’esclaves dans leurs mines, exploitations agricoles ou dans la construction de leurs palais, couvents et églises, générèrent de nombreuses rebellions, pour arriver après un métissage majoritaire du peuple mexicain à la lutte pour l’indépendance entre 1809 et 1821 puis à la révolution en 1910 avec les deux héros nationaux qui en résultent PANCHO VILLA et EMILIANO ZAPATA.

Le Mexique actuel est devenu un vaste pays formé de 32 états, de 100 000 000 d’habitants, qui lutte chaque jour pour conserver son identité face aux très envahissants voisins du Nord.

Il est dirigé par un parti politique autoritaire qui dure depuis plus de 60 ans au pouvoir et qui pourtant est en train peu à peu grâce à la conscience politique de plus en plus grande de ses élites populaires, de réaliser son émancipation démocratique par l’avènement en 1997 du premier candidat de l’opposition, démocratiquement élu à la tête de la ville de MEXICO et de ses 20 000 000 d’habitants.

 

LE MEXIQUE AUX TROIS VISAGES

« SURREALISME ET SENTIMENTS EXTREMES »

Par Marc Lesnay

Quand le passé historique se mêle au présent ! ! !

Le Mexique est en effet un vaste amalgame d’Hier et d’Aujourd’hui. Cuauhtemoc, Quetzalcoatl, ou Emiliano Zapata s’entremêlent au quotidien de Crysler, Nestlé ou Coca Cola.

Les enfants ultramodernes de Mexico pianotent sur Internet pendant que leurs parents les appellent par leur prénom depuis dix ans déjà sur leur téléphone portable : « Cuauthemoc, n’oublie pas que je t’emmène ce soir chez ton cousin Emiliano ! ». « Je te prends à la sortie de l’école. Amène ton ami Quetzalcoatl si tu veux, j’aurais la Crysler de ton père, il y a suffisamment de place ! » « Oui Mami, c’est cool, on va bien s’amuser ! Dis à ma tante de nous faire des Enchiladas Suizas. On pourra aller au bowling ? »

Oui, même la classe riche mexicaine qui représente 10 % de la population, souvent critique des indigènes, reprend les noms des héros de son histoire. L’actuel maire de Mexico s’appelle d’ailleurs Cuauthemoc. Cette classe privilégiée se différencie par son train de vie bien supérieur à la majorité de la population. Et pourtant elle est, elle aussi, marquée par son passé. Ses traditions, ses coutumes, ses croyances sont aussi métissées que son sang.

Le Mexique d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui du XVIème siècle et pourtant dans bien des aspects, il vit chaque jour encore au rythme de son histoire riche en coutumes ancestrales et sentiments passionnels.

Les classes moyennes, elles, sont très intégrées autour du concept de la famille ou les enfants sont rois. La mère au foyer, respectée, est chérie par tous ses membres.

Le père est un demi-Dieu. L’union avec sa famille est très grande. Il faut remarquer que la famille est le fondement même du système social, puisqu’au Mexique il n’y a pas d’assistance à la française. Les parents élèvent leurs enfants et les enfants, à leur tour, prennent soin de leurs parents si ceux-ci en ont besoin. Cela rapproche chaque membre des familles qui ne se séparent jamais, même si chacun vit souvent d’une façon autonome.

Evidemment la classe défavorisée des paysans et des très pauvres s’en sort difficilement. Mais à tous les niveaux, la Vierge Noire De Guadalupe leur apporte sa bénédiction et son soutient. Chacun demande à sa manière sa protection. Elle est apparu à Diego, un pauvre indien des alentours de Mexico et est devenu la protectrice de la nation Mexicaine.

Trois classes sociales, mais aussi trois mondes bien distincts forment le Mexique.

La classe riche dont 4 % de la population est extrêmement aisée est formée des hommes politiques et des industriels. Ces familles sont le plus souvent de sang espagnol majoritaire. Ils vivent à un très haut niveau que nous envieraient beaucoup nos élites occidentales. Ils sont souvent en avance par rapport à l’Europe quant à l’utilisation des nouvelles technologies dans la vie active ou quotidienne. Ce premier monde génère une culture raffinée, un développement de l’art mexicain, permet à une littérature mexicaine de se développer. Bien sûr ce monde présent partout, à la portée de la main de chaque mexicain est en contraste terrifiant avec le monde de la classe moyenne qui essaye de survivre, comme dans les autres Continents, au développement de la mondialisation et à l’enrichissement des quelques 240 hyper capitalistes, maîtres du monde d’aujourd’hui.

La classe moyenne s’assimile de plus en plus à la classe populaire. Elle va de l’extrême pauvreté à un train de vie acceptable basé sur le commerce et l’artisanat, à tous les niveaux, déclaré ou non, mais qui donne en tout cas les couleurs de ce Mexique de tous les jours que l’on côtoie dans la majorité des villes et villages . Bien sûr ce monde à part, mais majoritaire, est très dépendant des séries télévisées à l’eau de rose, qui met en scène le monde des riches ou des très pauvres. Telévisa, l’un des groupes de télévision les plus développés de la planète possède de nombreuses chaînes de télévision et de radio au Mexique mais aussi aux USA. Son chiffre d’affaire annuel publicité est de 2000 millions de dollars. Ce trust gère aussi le fameux Stade Azteque de foot ball, EL AZTECA, qui lui appartient, tout comme l’équipe qui porte le même nom.

Dans ce grouillement humain que représente le monde des villes et notamment Mexico, on trouve vraiment tous les maux mais aussi tous les exemples du développement intellectuel de l’homme. Car si l’on risque à chaque instant d’être victime de vol ou d’agression, on y côtoie également une extrême gentillesse et courtoisie de la part des habitants. L’immense sourire qui enjolive les visages souvent basanés, se transforme très vite en rire éclatant et lorsque l’on vous invite chez sois, on vous lance comme bienvenue un courtois « Ma maison est ta maison ! » qui surprend le visiteur.

Ce monde-là attache beaucoup d’importance à la gastronomie et partout on peu s’arrêter dans de modestes ou luxueux restaurants à tous les prix. La cuisine mexicaine, gage de bien vivre, est le trait d’union entre les citoyens qui l’arrose amplement de bières mexicaines très élaborées ou de vins de très bonne qualité. Les eaux de fruits naturels ou les milk shake font partie des plaisirs de la bouche. Les classes populaires et même moins populaires résistent difficilement aux odeurs exaltantes des tacos, tortas, et autres fritures diverses des petits stands installés au bord des rues, sur les trottoirs des avenues. Il en est de même avec les marchés ambulants qui envahissent le bitume du Centre Historique de la ville. Petites économies souterraines qui animent la ville jusqu’au soir tard, c’est un méli mélo de sons, de couleurs et d’odeurs qui ferme la porte à l’ennui, lorsque l’on se promène sur les artères grises de monde et de pollution.

Le troisième monde, à la fois le plus en retard dans son développement et le plus traditionnel humainement parlant, est celui des indigènes.

Descendants des grandes civilisations classiques mexicaines, ces peuples représentent encore environ 10 % de la population totale du Mexique qui est aujourd’hui estimée à 100 000 000 d’habitants.

Depuis les vétements traditionnels encore portés par les habitants de ces régions, jusqu’aux coutumes sociales et religieuses, ce monde-là est comparable aujourd’hui à celui de nos campagnes de début du XXème Siècle . Il est l’inspiration même de la mexicanité moderne. C’est la source de l’art mexicain. C’est l’empreinte indélébile du riche passé d’un monde rasé par l’occident colonialiste.

C’est bien sûr le Monde qui attire le plus le touriste curieux d’humanisme et de nature. C’est un relent de ces aventures que nous a légué notre littérature du 19ème, les Voyages de Guliver, Robinson Crusoé, ou l’île aux Trésors, de notre enfance. Ces hommes et femmes, tels nos anciens Bretons, Basques ou Alsaciens, nous montrent à cœur ouvert un morceau d’humanité, qui disparaît ailleurs sous le poids des échéances bancaires, des charges professionnelles et de l’impôt.

Ces trois mondes se côtoient, s’entrecroisent au quotidien avec cruauté, racisme et dédain. Pourtant, ils sont réunis autour d’un même emblème national, celui de l’aigle perché sur un cactus tenant dans son bec un serpent : Le signe des Aztèques.

Les riches se mêlent au folklore et aux traditions. Les pauvres achètent avant toute chose le poste de télévision. Leur toiture est de carton goudronné ou de tôle ondulée, mais ils ont jusqu'à l’antenne satellite. C’est au cours de la diffusion des milliardaires contrats publicitaires de télévisa qu’ils voient avec envie sur leurs écrans les derniers modèles de voitures de luxe américaines ou le train de vie des politiques ou des artistes milliardaires du show biseness.

Comment ne pas vivre ainsi un peu à cheval sur sa réalité et un peu sur celle de ses concitoyens. Le rêve fait partie de la vie quotidienne qui se transforme en surréalisme quand un pauvre entend combien volent les Présidents ou quand un Président prend conscience d’avec combien vit un pauvre indigène paysan ! ! !

Surréalisme ! ! ! Le mot est laché, c’est l’incontournable situation du Mexique. Surréaliste où les couleurs extrêmes imprègnent les esprits, surréalisme dans sa richesse, c’est le 4ème producteur de pétrole du monde, surréalisme dans son sang, puisqu’il est le reflet de plus de 50 nationalités autochtones métissées au sang latin de l’Espagne et de la France.

Surréalisme amoureux ! Les femmes sont pure passion.

Surréalisme artistique ! Toute la fougue de l’Espagne se mélange aux croyances indigènes.

Surréalisme religieux ! Les croyances indiennes sont intimement contenues dans le christianisme populaire.

Trilogie de la vie, trilogie de la mort, tout est rien et rien est tout. Ainsi le prouve la fête des morts pendant trois jours et trois nuits sur les tombes de ses défunts, ainsi se définit le Mexique dans mes songes d’aventurier qui après 20 ans de vie en son sein ne peut rien expliquer, sinon subir, telle on subit le courent rapide de la vie, évitant les écueils qui risquent de déchirer le canot. C’est ce que vous ressentirez en voyageant au Mexique qualifié par moi-même dans mon dernier reportage de « Pays d’hommes, d’amour et de sang ». La peur latente, le rire éclatant, l’odeur des femmes, c’est la vie à pleins poumons, c’est le sens des sens, c’est le Mexique que je hais autant que je l’aime, car il m’a volé ma destinée, comme une maîtresse enivrante, et ne me lâche plus...

C’est indéniable, né français, je suis aussi devenu mexicain.

LE MEXIQUE, PAYS TOURISTIQUE ?

par Marc Lesnay

Il est indéniable que voyager au Mexique est le rêve de beaucoup d’Européens en soif d’aventure et de dépaysement. En effet qui n’a pas entendu parler des terres chaudes d’Acapulco ou des pyramides mayas du Yucatan ?

Le Mexique est à la mode. Notre Président vient d’y effectuer un voyage. Le Pape y retourne pour la troisième fois. Ce grand pays de 2 000 000 de km² attire les foules. Il est vrai que partie intégrante de l’Amérique du Nord, il est le voisin des USA et du Canada qui lui ont permis au cours des ans de développer, par leur demande spécifique, une infrastructure des plus moderne et variée.

Plus de cinquante langues indigènes parlées par autant d’ethnies, et 12 000 km de côtes pacifique, atlantique et caraïbes, permettent au Mexique de s’enorgueillir de posséder une variété d’options de vacances presque infinies.

J’ai voyagé dans tout le Mexique. J’y ai vécu près de 20 ans. Et pourtant je continue de le découvrir au même titre que ses habitants d’ailleurs, chaque fois que j’y retourne.

Alors un conseil, si je peux me permettre. N’essayez pas de le découvrir en un seul voyage de 15 jours ou trois semaines. Vous passeriez à côté de tant de merveilles inconnues qu’il faut aller chercher au-delà des chemins classiques : surtout le contact avec ses habitants.

Après un premier voyage organisé, pourquoi pas, par lequel vous vous situerez, programmez des escapades dans chacune des huit régions que j’ai découpées pour vous et découvrez ce merveilleux pays et ses habitants.

Je dirais qu’il faut commencer par le circuit MEXICO, MORELOS, TAXCO, ACAPULCO.

Mexico possède un charme incontournable quand on y reste au moins trois nuits.

Il faut visiter la place centrale, le Zocalo, avec la cathédrale et le Palais du Gouvernement. Là se situent les fameuses peintures murales de Diego Rivera qui relatent toute l’épopée du Mexique. Faites-vous expliquer ces peintures par un guide en français.

Une fois acquises les données de base, partez flâner dans le Centre Historique, visitez les restes des pyramides Aztèques découvertes seulement dans les années 80. Puis, allez manger dans de petits restaurants populaires. Evitez toutefois les stands extérieurs contaminés par les bactéries et les salmonelles amenées par le vent des bidonvilles qui entourent la ville à quelques dizaines de kilomètres de là. Ne buvez pas d’eau du robinet et si vous achetez des fruits au marché, lavez-les bien avec du savon, et séchez-les avant de les consommer. Avec ces quelques règles de base tout devrait bien se passer. Vers le soir, faites un tour sur la place Garibaldi avec ses Mariachis et dînez dans un bon restaurant de la ville. Renseignez-vous sur son choix.

Le lendemain après une bonne nuit réparatrice du décalage horaire, il faudra passer tranquillement toute la journée au Musée d’anthropologie de Mexico, le plus grand du monde. Vous y trouverez un restaurant brasserie qui suffira pour satisfaire vos besoins. Je ne vous reparlerai pas de toutes les cultures anciennes qui y sont représentées. Au premier étage vous retrouverez en plus toutes les populations indigènes encore présentes au Mexique dans des décors muséographiques exceptionnels.

Le troisième jour sera la visite de Téotihuacan, à 45 km de Mexico.

Il faudra alors vous diriger vers Cuernavaca et l’Etat de Morelos. Là vous y trouverez tous les paysages du Mexique, concentrés. Sans parcourir plus de 50 km par jour, en moyenne vous entrerez dans un monde hors circuits touristiques qui vous entraînera vers les couvents et haciendas de Cortes le Conquistador, son Palais, sa Cathédrale, la route d’Emiliano Zapata, le révolutionnaire, la route de la canne à sucre et de l’Indépendance. Ce petit état grand comme un département français vous donnera un aperçu de tous les paysages existants au Mexique. Il s’étend en effet des terres hautes et froides aux terres tempérées de Cuernavaca, sa capitale, en passant par les terres chaudes du sud. Canyons, vallées, déserts, sapins ou sites paradisiaques, le climat de Cuernavaca est tout de même classé dans les deux meilleurs du monde avec 24 degrés de température tout au long de l’année. Qui dit mieux ?

Il ne faudra pas oublier TEPOZTLAN et son marché indien les samedis et dimanches. Il faut absolument passer deux nuits dans chacun des trois hôtels haciendas de Morelos : L’Hacienda De Cortes à Cuernavaca, l’Hacienda Cocoyoc et l’Hacienda de VistaHermosa. A ce moment vous pourrez continuer sur Taxco, pour retrouver la ville minière accrochée à la montagne spécialisée dans l’orfèvrerie en argent, avant de continuer un ou deux jours après vers Acapulco pour un séjour balnéaire à la mexicaine.

Acapulco est devenu un très intéressant centre balnéaire, qui a insisté sur son développement à la mexicaine, après l’avènement de Cancun, édifié à l’opposé dans un style américain du pire goût contribuant ainsi au crime écologique le plus grave du Mexique.

Ceci n’est qu’un petit exemple de voyage équilibré en 15 jours qu’il vous faut absolument réaliser lors de votre prochain périple au Mexique. Et si vous vous décidez d’aller plus à fond dans votre découverte de ce Mexique merveilleux, alors parcourez le monde maya en divisant votre temps entre les sites et régions intérieures archéologiques et la remise en forme tout au long de la côte des Caraïbes. Là les plus belles plages de corail blanc vous attendent. Evitez Cancun et préférez-lui plutôt Isla Mujeres ou Tulum.

La troisième option sera en quinze jours également, le monde Olméque et Maya de l’Etat de Tabasco, avec Villlahermosa et le patron de l’hôtel Graham Suites qui vous emmènera dans des expéditions inédites si vous venez de ma part. Cela vous prendra une semaine avec Palenque, puis vous rejoindrez San Cristobal de Las Casas pour la visite du Haut Chiapas et les régions révolutionnaires des Chamulas et Zinacantèques. Il vous faudra une autre semaine dans la fraîcheur de cette région contrastant avec les très lourdes chaleurs du début de ce périple.

Comme quatrième option, vous pourrez profiter du Centre mexicain, colonial par excellence avec Guanajuato, Zacatecas, Michoacan, Leon et autres états, terres plus tempérées où les espagnols construisirent leurs plus belles villes coloniales dans une concentration d’architecture baroque sans pareil. Vous y retrouverez les joies de la gastronomie, de l’artisanat et des contacts humains comme c’est le cas dans notre cinquième option, l’Etat de OAXACA.

Oaxaca, terre des Zapotèques est un état très pauvre en agriculture, mais très riche en culture. En effet la ville classée patrimoine de l’humanité par L’UNESCO est un véritable bijou architectural. Ses constructions coloniales de pierre verte, forment un dédale de rues et ruelles qui tranquillisent le voyageur stressé.

Vous y visiterez la très belle zone archéologique Zapotèque de Monte Alban, son couvent de Santo Domingo, et son marché incontournable. Le marché est très hétéroclite. Divisé en trois zones principales, vous y mangerez une cuisine paysanne, indigène très appétissante et pleine de surprises. Goûtez, au moins pour la curiosité, les sauterelles grillées au piment et citron vert . Un avis personnel :Choisissez les plus petites.!!! Mais si cette aventure vous tente peu, demandez sans hésitation les viennoiseries campagnardes, et le chocolat préparé sur place à base du cacao et du jus de cannes à sucre durci, récoltés dans la région. Le fromage de Oaxaca est un vrai délice avec ses fibres qui s’étirent sur des dizaines de mètres. Quant aux piments farcis, ils ne sont qu’un petit exemple délicieux de cette gastronomie régionale qui différencie toutes les régions du Mexique. On vend beaucoup de bijoux traditionnels en or et en argent, à Oaxaca. Les mines de ces deux métaux précieux sont à proximité, et la bijouterie y est une tradition. Recherchez la filigrane et les reproductions à la cire perdue des bijoux de la tombe n° VII de Monte Alban. Le soir le Zocalo, la place centrale vit au brouhaha exubérant de ses arcades. On y rencontre des touristes en minorité, assis à côté de la population locale, très étudiante, et pleine de joie de vivre. Les odeurs de plats typiques encensent l’air. Faites-vous cirer vos chaussures par un des multiples cireurs professionnels qui pratiquent sur toutes les places centrales de toutes les villes et villages, ce métier peu passionnant et pourtant plein d’esprit de service et de petits « trucs ».

N’oubliez pas d’aller ensuite vers Mitla, une autre zone archéologique, en passant paz Téotitlan del Valle pour ses tapis en laine teintes à la teinture végétale.

A l’opposé se trouve San Bartolomeo COYOTEPEC et ses poteries noires.

Enfin, avec tous ses hôtels à l’échelle humaine, vous resterez fasciné par cette ville et sa région. Pourtant il vous faudra repartir vers les trois ports côtiers qui desservent en majorité.

Puerto Angel, le plus petit, est un village de pêcheurs de cette côte sauvage. Il y existe un ou deux hôtels. Puerto Escondido est très sympathique. On y pratique d’ailleurs des compétitions de Surf tant la mer est forte et dangereuse tout au long de cette côte. Enfin vous terminerez votre cinquième séjour à Huatulco, Centre Balnéaire ultra moderne qui vous offrira le plus à la pointe du développement touristique. Bateaux-promenades, pêche sportive, équitation, golf et hôtels cinq étoiles se partagent chacun une part importante du gâteau touristique mexicain.

La sixième option est la Route de Cortès, en deux, trois ou quatre semaines, qui vous conduira de Veracruz à Acapulco, de l’est à l’ouest, sur les traces des pas d’Hernan Cortès, le capitaine des troupes espagnoles venues conquérir les terres du Mexique en 1519. Vous passerez par Véracruz, la ville à la française, El Tajin la zone arquéologique totonaque et Papantla en pleine zone de cultures de la vanille et autres épices. Vous continuerez vers Cuetzalan en pleine montagne indigène, zone de café et d’orangers. Tlaxcala et son alliance avec Cortes contre les Aztèques sera votre prochaine étape. Il vous faudra passer ensuite par Mexico, l’ex-Tenochtitlan, la capitale aztèque puis Cuaunahuac ou Cuernavaca, avec la visite de tous les éléments en relation avec Cortès, dont son Palais. Pour finir votre séjour le chemin sera celui d’Acapulco ou Ixtapa Zihuatanejo, afin de rejoindre la côte pacifique.

La septième option est celle du Nord, avec l’état de Chihuahua et son train panoramique, que vous finirez en Basse Californie, sur les plages de LA PAZ, Los CABOS et surtout LORETO. Le Nord est la région des cow boys par excelence. Le Canyon Del Cobre vous transportera dans le monde des indiens Tarahumaras et des vaqueros. Vous y serez comme dans un film, les héros de l’aventure au milieu des images bien réelles, cette fois, des montagnes du Far West.

Enfin si vous désirez aller au bout de votre aventure mexicaine, il vous faudra visiter le Mexique de la Tequila et des Mariachis, avec l’état de Jalisco et ses rodéos mexicains : La Charreada.

Guadalajara en est la capitale. Vous trouverez dans ce voyage la vraie essence du Mexique, car c’est d’ici que provient l’authentique costume de charro, le costume à grand chapeau et boutons d’argent, et la fameuse musique mexicaine de Mariachis connue dans le monde entier. Il ne faudra pas oublier d’assister à la fameuse charreada, le rodéo mexicain, centre d’intérêt de nombreux mexicains « aficionados ».

En tout cas que ce soit concentré ou morcelé en prenant votre temps, un voyage au Mexique sera toujours un merveilleux souvenir. Il vous rappellera la vraie définition de la vie en vous faisant utiliser vos cinq sens toujours mis à contribution. De tranquillité ou de peur, de chaud ou de froid, de silence ou de brouhaha epoustoufflant, vous passerez constamment. L’émerveillement sera votre compagnon et la curiosité votre compagne, car plus vous aurez découvert de choses nouvelles, plus il vous en restera à découvrir.

Alors : « Hasta pronto en Mexico !!! »

 

LA CUISINE MEXICAINE

par Marc Lesnay

Lorsque nous parlons du Mexique, nous parlons d’un pays métissé, aux cinquante langues indigènes en plus de l’espagnol, langue officielle originaire de la Mère Patrie. Le Mexique est aussi influencé au début de ce siècle par PORFIRIO DIAZ, dictateur très immergé dans la culture française, sans compter la présence des troupes de Napoléon III au XIXème siècle.

Les différentes nationalités indigènes et européennes qui se croisèrent au cours des 450 dernières années ont toutes un point commun : le goût du bien vivre.

La gastronomie faisant bien sûr partie de ce bien vivre, il n’est donc pas étonnant de retrouver au Mexique une cuisine haute en couleur et en saveurs, puisqu’elle a été influencée par ces différents courants, qui en font aujourd’hui la seconde gastronomie occidentale après la française et la quatrième mondiale.

En effet, des plats classiques et européens, aux plats indigènes traditionnels, le voyage gastronomique au Mexique est de grand intérêt.

Il faut savoir que l’Amérique est la culture du Maïs. Donc il y aura sa place en première ligne, mais peu souvent jaune, plutôt blanc sinon bleu marine, le plus rare. Mais il fait beau toute l’année dans au moins la moitié des terres mexicaines, on aura donc des centaines de produits frais comme ingrédients et ceci douze mois sur douze. Rappelez-vous que l’Avocat, aguacatl en langue aztèque, provient du Mexique, comme la tomate ( tomatl), le cacao, le dindon, et biens d’autres produits qui sont aujourd’hui de consommation courante dans nos pays d’origine. Ceci sans parler de la pomme de terre, du tabac ou du maïs déjà cité.

Les fruits sont innombrables, continentaux ou tropicaux, on les trouve par dizaine d’espèces différentes.

Bien sûr le haricot noir et le piment seront des accompagnements traditionnels issus de la cuisine indigène. Mais aussi le cactus, les figues de barbarie ou l’iguane.

Donc arrêtons de classer cette fantastique cuisine en tacos, fajitas et chilé con carne surgelés, en maïs jaune en boite et en tortillas congelées qu’on nous présente comme de la cuisine Mexicaine.

Aucun mexicain ne voudrait manger ce ramassis de nullités, venu de la cuisine fast food des USA, la cuisine TEX MEX.

TEX MEX, cela dit bien ce que cela veut dire : TEXAS-MEXICO. Des texans issus de racines mexicaines, déformés par le consumérisme, qui inventent une cuisine bancale avec des goûts anglais qui n’ont plus rien à voir avec l’origine des plats mexicains.

La gastronomie mexicaine est autre, très élaborée et délicieuse et pas forcement piquante.

Accompagnée d’un très bon vin mexicain rouge, rosé ou blanc, d’une bière douce et sucrée, ou d’un jus de fruit naturel, elle fait le délice de tout gastronome.

C’est une aventure à vivre comme la découverte du pays, par morceaux, par régions et avec patience.

Les quelque 3800 plats répertoriés de la cuisine mexicaine ne se laisseront pas découvrir en quelques soirées, encore moins si vous devez ingurgiter les préparations industrielles de la plupart des grands hôtels de l’industrie touristique.

Alors donnez du temps au temps et ne perdez aucune occasion pour chercher dans votre pays des spécialités servies par de vrais restaurants tenus par de vrais mexicains, ou mieux, payez-vous le luxe de quelques voyages au Mexique, à la recherche d’expériences culinaires, bien complémentaires des visites historiques que vous ne manquerez pas d’effectuer.

Lors de votre visite à la foire où nous présenterons notre animation VOLADORES et TIANGUIS, MARCHES INDIGENES, ne manquez pas la découverte de la vraie cuisine mexicaine dans le restaurant ou la Cantina ouverts toute la journée et à toute heure ...

... comme au Mexique.

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Jade precioso pluma de Quetzal

Jade precioso pluma de Quetzal

Texto: Doris Heyden, Mariana Yampolsky.

Ilustración: Alberto Beltrán.

Imagen de una familia azteca

Si al nacer hubieras sido un niño o una niña azteca, tus padres te habrían saludado con gran alegría: "Eres mi jade precioso, mi pluma de Quetzal".

Imagen de un arco y una flecha Imagen de un escudo Imagen de un utensilio de trabajo Imagen de un cepillo

Habrían puesto en tus manos objetos de la vida diaria:

Para un varón, un pequeñísimo escudo, lanza o utensilio de trabajo.

Para las niñas, un telarcito y trastes de cocina.

Así, se sentirían seguros de que al crecer, su hijo sería un buen guerrero o trabajador, y su hija, una buena tejedora, esposa y madre. Imagen de una cuchara Imagen de un metate Imagen de una cesta Imagen de un telar Imagen de una maceta

Imagen de un sacerdote con una familia azteca

Tus padres consultarían al sacerdote para escoger tu nombre, de manera que fuera igual al del día de tu nacimiento, ya que cada día tenía su nombre propio y su símbolo.

Después de buscar en sus libros, el sacerdote determinaba si el nombre era de buen agüero, pues, de lo contrario, te lo cambiaban por otro de mejor suerte.

Cada niño recibía varios nombres, tales como:

Siete Flor y Pluma de Águila o Cuatro Venado y Ramillete de Flores.

Siete Flor corresponde al día del nacimiento y Pluma de Águila al nombre que les gustó a los padres.

Cada uno de los dieciocho meses del año tenía veinte días. Cada día era representado por un signo. Al final del año había cinco días de descanso.

Imagen que representa un mes del año con sus veinte días

Imagina un día cualquiera:

Por la mañana los sacerdotes despiertan a la población con su ronca trompeta de caracol. A través de las paredes de las casas, fabricadas con carrizo y adobe, se oye el rítmico palmear de las tortilleras. Camino al trabajo, los hombres se saludan con sus vecinos.

Imagen de mujeres tejiendo y niños jugando con perros

Desde muy temprano se nota una intensa actividad en los patios de las casas: las mujeres tejen, y los niños, rodeados de itzcuintlis —los perros pelones— y guajolotes, corretean entre las flores.

Imagen donde aparecen madre e hija tejiendo

Ya tienes cuatro años:

Estás listo para ayudar a tus padres. Las niñas aprenden a tejer, barrer y guisar; los niños, a traer leña, ir a la milpa o al taller. ¡Hay que tener cuidado de hacer bien el trabajo porque te pueden castigar picándote con púas de maguey, o bien obligándote a respirar el humo de chiles quemados que hace llorar! Así lo preparaban a uno para enfrentarse a las duras tareas de ir a la guerra y mantener fuerte el territorio.

Imagen donde aparecen padre e hijo trabajando

Muchas canoas cruzan los canales de la gran México-Tenochtitlán. Las chinampas, donde se cultivan verduras y flores, son pequeñas islas construidas por lo hombres. Ellos ponen estacas entretejidas con ramas, formando paredes que contienen el fértil lodo del fondo del Lago de Tezcoco.

Imagen de las chinampas en Tenochtitlán

Los agricultores emplean la coa para hacer hoyos en la tierra y depositar en ellos las semillas. Los pescadores usan redes, anzuelos y arpones para pescar. ¡Qué sabroso comer pato silvestre, hueva fresca de mosco y pescado de agua dulce de los lagos!

Imagen de una escuela azteca

Eres ya muy importante: ¡Por fin tienes edad para estudiar! Todos los niños, pobres y ricos, van a la escuela, ya sea al Calmecac o al Telpochcalli. Si entras a la escuela llamada Calmecac, para aprender a ser sacerdote y gobernante, estudiarás la lectura y escritura, las matemáticas y el movimiento de los astros. Dejarás de jugar y escucharás con cuidado los consejos de tu padre: "Todos los días tendrás que hacer penitencia, bañarte en agua fría, ayunar y aprender a obedecer, para que seas capaz de enfrentarte a la disciplina de la vida azteca y de ser útil a tu patria".

El Telpochcalli es la escuela donde los guerreros veteranos preparan a los jóvenes para la guerra. Los alumnos reparan canales, cultivan en común las tierras y hacen trabajos de interés público.

En cambio las niñas viven en la escuela, junto a los templos, hasta que se casan. Allí aprenden las costumbres religiosas bajo la dirección de las sacerdotisas.

Por las tardes, los muchachos se reúnen con las muchachas en el patio de la escuela de danza para divertirse y aprender el baile y el canto.

Cualquier pretexto es bueno para pasar por el mercado, que parece una feria llena de movimiento y color.

Imagen de un mercado

A pesar de ser tan grande está ordenado y limpio.

En una parte hay frutas y verduras; en otra ropa y alhajas.

También se encuentran montones de pieles de puma, jaguar, lobo y venado; plumas de águila, halcón y aves tropicales. Se pueden comprar guajolotes, conejos, liebres, patos e itzcuintlis; pescado, ranas y hueva de mosco.

—¿Cuánto vale el azul para teñir?

—Yo quiero un cuchillo de obsidiana.

—Yo, una pipa y un tabaco.

—A mí deme dos petates.

—Me duele el estómago, ¿que yerba me tomo?

— Le pago con mi manta.

— Ándele.

En cada mercado hay jueces que deciden quién tiene razón cuando surgen diferencias por el precio o la calidad de alguna mercancía.

Imagen de los jueces que asisten en el mercado

¡Todos corren a ver a los comerciantes! Son formidables viajeros llamados pochtecas. Llegaron con éxito de sus peligrosas misiones en busca de ámbar y plumas de quetzal. Es fácil reconocerlos: visten lujosamente y siempre portan bastones y abanicos. Hablan muchos idiomas para poder cambiar sus mercancías, y son los predilectos del Emperador; no sólo porque le traen valiosos y raros obsequios, sino porque en sus viajes le sirven de espías. A través de sus relatos, el Emperador sabe qué pueblos están descontentos y cuáles conviene conquistar.

Imagen de un pintor-escribano

Los aztecas observan todo lo que les rodea y lo pintan con amor en libros que guardan en grandes bibliotecas. El pintor-escribano, con tierra de colores mezclada con la savia de algunas plantas, pinta sobre piel de venado o en papel hecho de corteza de árbol.

Las hojas se doblan como acordeón y forman libros llamados códices. En ellos relata las batallas, las hazañas de los reyes y la historia de los dioses. También hay códices sobre hierbas medicinales, astronomía, compra y venta de mercancías y mapas.

Imagen de un par de artesanos trabajando

Dan ganas de quedarse horas enteras mirando cómo trabajan los hábiles artesanos. Unos hacen collares y anillos de oro, plata, turquesa, y trabajan el jade en forma de animales. Otros cubren máscaras con concha nacar, coral y mosaicos. ¡Mira el colorido de los bordados en los vestidos y mantas! Las capas y los huipiles, entretejidos con miles de pequeñas plumas multicolores, son muy bonitos.

Cuando ves las hermosas artesanías de tu gente te das cuenta que, si tus padres te llaman "piedra preciosa" o "pluma de quetzal", es porque eres lo más bello de su vida.

Imagen de mujeres bordando y haciendo artesanías

Imagen de jóvenes guerreros

Desde los diez años, a los niños que estudian para guerreros les cortan el pelo y sólo les dejan un mechón, que les quitarán si capturan un prisionero. Al lograr esta hazaña suben de rango, y si matan o capturan a cuatro enemigos, ascienden a comandantes y forman parte del consejo de guerra. Los más valientes son los caballeros jaguar y los caballeros águila. Cuando entran en combate, el Emperador toca un pequeño tambor de oro para animarlos a conquistar la victoria.

Los pueblos conquistados pueden seguir viviendo como antes, conservando sus costumbres, siempre y cuando entreguen al Emperador tributos como mantas, cacao, plumas de quetzal y otras riquezas.

La lista de tributos se anota cuidadosamente. Se entregan cuentas de jade, trajes de guerrero, mantas y ropa, jarras de miel y muchas otras cosas, y cada pueblo paga según lo que produce.

Un dedo dibujado encima del objeto significa que debe entregarse una de estas piezas; una banderita indica que deben entregarse veinte; y una pluma, cuatrocientas.

Imagen de cuentas de jade, trajes de guerrero, mantas y ropa y jarras de miel

Durante la guerra, los aztecas toman prisioneros, se hacen de riquezas ajenas y adquieren prestigio. Al guerrero se le enseña, como a todo buen soldado, que el triunfo depende de él.

Imagen de soldados aztecas

Las armas del guerrero son: un escudo de cuero sobre un armazón cubierto de plumas, una macana de madera con orillas de obsidiana, arco y flechas, y una lanza-dardos llamada átlatl. Además se protege con un traje de algodón acolchado. Al atacar, los guerreros levantan sus estandartes, gritan de manera escalofriante y tocan con furia sus tambores y silbatos. Así atemorizan al enemigo.

Imagen de un sol

Todos los niños quieren saber cómo se formó el mundo. Los viejos cuentan que existieron cuatro mundos, llamados soles, los cuales nacieron y después se apagaron. En cierta ocasión se reunieron todos los dioses en la sagrada ciudad de Teotihuacán, para decidir quién se sacrificaría a fin de crear el Quinto Sol y acabar así con la oscuridad.

Para ello, se ofrecieron dos dioses: Tecuciztécatl, el rico, cubierto de plumas y jade, y Nanahuatzin, el pobre, lleno de llagas y vestido de papel. Los dioses hicieron una gran fogata para que aquéllos se arrojaran al fuego. Cuando las llamas brincaban y el calor era insoportable, Tecuciztécatl se acobardó.

En cambio, el pobre Nanahuatzin se lanzó en medio de las llamas y se convirtió en un sol que subió al cielo.

Imagen de un conejo que representa a la luna

Entonces, avergonzado, Tecuciztécatl también se sacrificó y subió al cielo junto con el primero. Al ver los dos soles iguales, los otros dioses se preguntaron "¿Cuál es cuál?" Mientras trataban de resolver su duda, pasó un conejo; entonces los dioses lo cogieron de las orejas y lo tiraron directamente al segundo sol, con lo que lograron reducir su brillo. A éste, lo llamaron Luna. Por eso, si miras la luna, verás en ella un conejo.

El Sol brillaba pero no se movía. Para darle fuerza y movimiento, todos los demás dioses se sacrificaron y lo alimentaron con su sangre para que el Sol pudiera seguir su camino.

Imagen de Huitzilopochtli Imagen de Tlaloc Imagen de Tonatiuh

Los aztecas tienen muchos dioses. Huitzilopochtli, el Dios Supremo, lleva un colibrí azul; Tonatiuh, el Sol, se representa con la cara roja; Tezcatlipoca, Espejo Humeante, porta un espejo de obsidiana en donde se reflejan las acciones de los hombres.

Imagen de Ehécatl Imagen de Tezcatlipoca

El dios del viento, Ehécatl, tiene un pico de pato de donde sale aire; Tláloc, Dios de la lluvia, siempre lleva círculos de jade —que simbolizan el agua— alrededor de los ojos.

Imagen de Xilonen

Xilonen, diosa del maíz tierno, es una muchacha joven, y Chicomecóatl, diosa del maíz duro, es una mujer de más edad. Dentro de las ciudades se encuentran imágenes de esos dioses en los lugares públicos y en los altares de las casas, y antes de emprender cualquier acción importante se les consulta. Cientos de templos en forma de pirámide y decorados con muchos colores se elevan por encima de los demás edificios.

Imitando el camino del Sol en el cielo, los sacerdotes suben por una ancha escalinata de la pirámide y realizan el sacrificio frente a la estatua del dios que está en su templo.

Imagen de la construcción de una pirámide

¡Mira cuántos miles de trabajadores! Es asombroso darse cuenta que estas pirámides son construidas sin la ayuda de animales de carga, ni instrumentos de hierro.

¡Cuánto movimiento, cuánto trabajo, cuánto ingenio y esfuerzo el de un pueblo entero que levanta a sus dioses estas formidables construcciones!

Imagen de una ceremonia azteca

El Emperador, con diadema de turquesa, orejeras y joyas de piedras preciosas contempla las ceremonias desde un trono de tule tejido. Solamente los gobernantes pueden sentarse en este tipo de silla.

Algunos prisioneros de guerra pelean en público con guerreros bien armados. Para defenderse, el cautivo sólo cuenta con un palo de madera. En esta pelea desigual, el que pierde es sacrificado.

Durante las fiestas, la ciudad adornada con arcos de flores vibra por el sonido de los tambores y flautas. El aroma del copal alcanza todos los rincones. La gente se divierte con el teatro, los acróbatas, los danzantes y los cantores.

Y así, cuando ha caído la noche, te vas a dormir, contento de haber pasado un día en el país del jade y del quetzal.

Imagen de una fiesta azteca

Si tienes la posibilidad de estar en la Ciudad de México, no dejes de visitar el Museo Nacional de Antropología, en el parque de Chapultepec.

Funciona de martes a domingo de 10 a 1 8 hrs.

Para los escolares la entrada es gratis.

Este museo enseña mucho sobre los orígenes del hombre y acerca de todas las culturas que poblaron nuestro territorio.

Tiene todo un piso con reproducciones de casas en tamaño natural con los muebles y utensilios propios de cada región. También hay figuras vestidas con trajes típicos y rodeadas de su rica producción artesanal.

Encontrarás una sala dedicada a la cultura mexica y en ella la maqueta del mercado de Tlatelolco, del que ves aquí solamente una parte.

Es la reproducción del tianguis que existía en todas las ciudades y pueblos prehispánicos. Allí los antiguos mexicanos realizaban intercambios de mercaderías.

Jade precioso pluma de Quetzal

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lundi 14 avril 2008

LES AZTEQUES ( ESSAI ORIGINAL DE DAVID GRIMAUD, ARCHITECTE FRANCAIS )

Quelle forme avait la ville de Mexico-Tenochtitlan ? De quoi cette forme était-elle née ? Qu'exprime cette forme ? Comment révéler et exprimer cette forme ?

La ville de Mexico-Tenochtitlan mourut le 13 août 1521, et naquit le lendemain, le jour où les Espagnols détruisirent la ville pour la garder, enterrant la vieille ville sous la ville neuve, comme les Indiens enterraient leurs ancêtres sous leurs maisons. De cette ville disparue, nous restent quelques témoignages, des Aztèques quand ils n'ont pas été détruits, ou des conquistadors malgré leur discours "engagé". Ensuite, selon les siècles, nombres "d'antiquaires" ou de scientifiques ont étudié et présenté la ville pour tenter de l'imaginer. Certains l'ont décrite, dessinée, nous léguant des images et des textes floues et fragmentés. D'autres l'ont disséquée, nous renseignant sur la société aztèque, sur ses origines et son organisation.

Une difficulté persiste cependant : comment présenter la ville en une fois, dans toute sa complexité ? Comment exprimer la forme de la ville de Mexico-Tenochtitlan autrement qu'en la décrivant superficiellement ou qu'en la disséquant ?

J'ai d'abord présenté quelques témoignages et dressé un résumé historique de la ville et des aztèques, que les lecteurs pressés auront tout intérêt à survoler, et que les lecteurs passionnés pourront approfondir dans de nombreux livres autrement plus précis.

L'objet de ce mémoire est de révéler la forme de la ville par une esquisse. J'essaierai d'exprimer la ville, le lieu, la mythologie, les perceptions spatiales et temporelles ainsi que l'aspiration divine de ses habitants par la construction d'un objet exprimant la forme de la ville sans en imiter l'aspect. En plus du travail sur la ville aztèque proprement dite, il s'agira ici de s'interroger sur la forme d'une ville, de sa perception, de sa compréhension et de son expression.

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LA VILLE DE MEXICO - TENOCHTITLAN

B. Vues et paroles

Bernal Diaz del Castillo Historia verdadera de la Nueva Espana Mexico – 1950.

“ Nous arrivâmes aux vastes clôtures et au préau du grand temple, lequel était précédé d’une étendue considérable de cours qui me parurent dépasser les dimensions de la place de Salamanca. Le tout était clos de murs construits à chaux et à sable. Cette cour était pavée de grandes pierres plates, blanches et très lisses ; partout où ces dalles manquaient, le sol, fait en maçonnerie, avait une surface très polie; tout était du reste propre à ce point qu’on n’y voyait ni pailles ni poussière nulle part. Lorsqu’on nous vit approcher du temple, et avant que nous en eussions franchi aucun degré, Montezuma, qui était au sommet, occupé aux sacrifices, envoya six papes et deux personnages de distinction pour accompagner notre général.

Arrivés en haut du temple, nous vîmes une petite plate-forme dont le milieu était occupé par un échafaudage sur lequel s’élevaient de grandes pierres; c’était sur elles que l’on étendait les pauvres Indiens qui devaient être sacrifiés. Là se voyait une énorme masse représentant une sorte de dragon et d’autres méchantes figures. Autour de cet ensemble, beaucoup de sang avait été répandu ce jour-là même.

Le prince le prit aussitôt par la main, le priant de regarder sa grande capitale et toutes les autres villes que l’on voyait située dans les eaux du lac, ainsi que les nombreux villages bâtis tout autour sur 1a terre ferme. Il ajoutait que si nous n’avions pas vu suffisamment sa grande place, de là nous la pourrions examiner beaucoup mieux. Nous admirâmes en effet toutes ces choses; car cet énorme et maudit temple était d’une hauteur qui dominait au loin les alentours.

De là, nous vîmes les trois chaussées qui conduisent à Mexico: celle d’Iztapalapa, par où nous étions arrivés quatre jours auparavant; celle de Tacuba, par laquelle, dans huit mois, nous devions sortir en fuyards après notre grande déroute, lorsque Coadlavaca, le nouveau monarque, nous chasserait de la ville, comme nous le verrons plus loin. On apercevait enfin, d’un autre côté, la chaussée de Tepeaquilla. Nous voyions encore l’eau douce qui venait de Chapultepeque pour l’approvisionnement de la ville. Les trois chaussées nous montraient les ponts établis de distance en distance, sous lesquels l’eau de la lagune entrait et sortait de toutes parts. Sur le lac, on voyait circuler une multitude de canots apportant les uns des provisions de bouche, les autres des marchandises. Nous remarquions que le service des maisons situées dans l’eau et la circulation de l’une à l’autre ne se pouvaient faire qu’ au moyen de canots et de ponts-levis en bois. Toutes ces villes étaient remarquables par leur grand nombre d’oratoires et de temples, simulant des tours et des forteresses et reflétant leur admirable blancheur. Toutes les maisons étaient bâties en terrasses et les chaussées elles-mêmes offraient à la vue des tours et des oratoires qui paraissaient construits pour la défense. Après avoir admiré tout ce que nos regards embrassaient, nous baissâmes de nouveau les yeux sur la grande place et sur la multitude de gens qui s’y trouvait, les uns pour vendre et les autres pour acheter; leurs voix formaient comme une rumeur et un bourdonnement qu’on aurait cru venir de plus d’une lieue de distance.. Nous comptions parmi nous des soldats qui avaient parcouru différentes parties du monde : Constantinople, l’Italie, Rome; ils disaient qu’ils n’avaient vu nulle part une place si bien alignée, si vaste, ordonnée avec tant d’art et couverte de tant de monde.

Montezuma (Moctezuma) nous invita à entrer dans une tour et dans une pièce en forme de grande salle où se trouvaient comme deux autels recouverts de riches boiseries. Sur chaque autel s’élevaient deux masses comme de géants avec des corps obèses. Le premier, situé à droite, était, disait-on, Huichilobos (Huitzilopochtli), leur dieu de la guerre. Son visage était très large, les yeux énormes et épouvantables; tout son corps, y compris la tête, était recouvert de pierreries, d’or, de perles grosses et petites adhérant à la divinité au moyen d’une colle faite avec des racines farineuses. Le corps était ceint de grands serpents fabriqués avec de l’or et des pierres précieuses; d’une main, il tenait un arc et, de l’autre, des flèches. Une seconde petite idole, qui se tenait à côté de la grande divinité en qualité de page, lui portait une lance de peu de longueur et une rondache très riche en or et pierreries. Du cou de Huichilobos (Huitzilopochtli) pendaient des visages d’Indiens et des cœurs en or, quelques-uns en argent surmontés de pierreries bleues. Non loin se voyait des cassolettes contenant de l’encens fait avec le copal; trois cœurs d’indiens, sacrifiés ce jour-là même, y brûlaient et continuaient avec l’encens le sacrifice qui venait d’avoir lieu. Les murs et le parquet de cet oratoire étaient à ce point baignés par le sang qui s’y figeait que s’en exhalait une odeur repoussante.

Portant nos regards à gauche, nous vîmes une autre grande masse, de la hauteur de Huichilobos (Huitzilopochtli); sa figure ressemblait au museau d’un ours, et ses yeux reluisants étaient faits de miroirs nommés tezcatl en langue de ce pays; son corps était couvert de riches pierreries, de la même manière que Huichilobos (Huitzilopochtli), car on les disait frères. On adorait le Texcatepuca comme dieu des enfers. On lui attribuait le soin des âmes des Mexicains. Son corps était ceint par de petits diables qui portaient des queues de serpent. Autour de lui, il y avait aussi sur les murs une telle couche de sang et le sol en était baigné à ce point que les abattoirs de Castille n’exhalent pas une pareille puanteur. On y voyait, du reste, l’offrande de cinq cœurs de victimes sacrifiées ce jour-là même. Au point culminant du temple s’élevait une niche dont la boiserie était très richement sculptée. Là se trouvait une statue représentant un être semi-homme et semi-crocodile, enrichi de pierreries et à moitié recouvert par une mante. On disait que cette idole était le dieu des semailles et des fruits ; la moitié de son corps renfermait toutes les graines qu’il y a dans le pays entier. Je ne me rappelle pas le nom de cette divinité ; ce que je sais, c’est que là aussi tout était souillé de sang, tant les murs que l’autel, et que la puanteur y était telle qu’il nous tardait fort d’aller prendre l’air. Là se trouvait un tambour d’une dimension démesurée; quand on le battait, il rendait un son lugubre comme ne pouvait manquer de faire un instrument infernal. On l’entendait du reste de deux lieues à la ronde et on le disait tendu de peaux de serpents d’une taille gigantesque.

Sur cette terrasse se voyait encore un nombre infini de choses d’un aspect diabolique: des porte-voix, des trompettes, des coutelas, plusieurs cœurs d’Indiens, que l’on brûlait en encensant les idoles ; le tout recouvert de sang et en si grande quantité que je les voue à la malédiction ! Comme d’ailleurs partout s’exhalait une odeur de charnier, il nous tardait fort de nous éloigner de ces exhalaisons et surtout de cette vue repoussante.

Il me semble que le périmètre du grand temple occupait environ six grands solares, tels qu’on les calcule dans le pays. La construction diminuait dans ses dimensions depuis la base jusqu’au niveau supérieur où s’élevait la petite tour et se trouvaient les idoles. A partir de la moitié de la hauteur jusqu’à la plus grande élévation se comptent cinq étages dont chacun est en retrait sur le précédent, et qui forment comme des barbacanes découvertes et sans parapets. Du reste, on a peint beaucoup de ces temples sur les couvertures dont font usage les conquistadores; quiconque verrait celle que je possède aurait une idée exacte de la vue extérieure qu’ils présentent.

Mais voici un fait que j’ai vu et dont je suis bien sûr: il a son point de départ dans la tradition se rattachant à l’érection de ce grand temple. Tous les habitants de cette capitale offrirent de l’or, de l’argent, des perles et des pierres précieuses qui furent enfouis dans ses fondations; on y fit ruisseler aussi le sang d’une multitude d’indiens prisonniers de guerre, sacrifiés à cette occasion; on y répandit encore toutes sortes de graines du pays entier, afin que leurs idoles leur donnassent victoires, richesses et grande variété de fruits.

Laissons cela pour décrire les grands et magnifiques préaux qui précédaient le temple de Huichilobos (Huitzilopochtli) et où s’élève à présent l’édifice de Santiago, appelé le Tatelulco, parce que c’est ainsi qu’on nommait ce lieu d’habitude. J’ai déjà dit que ces vastes cours étaient closes par un mur de pierre et de ciment et pavées de dalles blanches, le tout très bien peint à la chaux, poli et d’une grande propreté. J’ai ajouté que son étendue égalerait à peu près celle de la place de Salamanca. Là, quelque peu éloignée du grand temple, s’élevait une maison d’idoles, disons plutôt un enfer, car à l’entrée se trouvait une grande gueule, comme celle qu’on dépeint à la porte des enfers, ouverte, montrant ses grosses dents pour avaler les pauvres âmes. On voyait aussi, près de l’entrée de la petite tour, des groupes diaboliques et des corps de serpents, tandis que, non loin de là, se dressait une pierre pour les sacrifices ; tout cela plein de sang et noirci par la fumée. Au dedans de la tour se trouvaient de grandes marmites, des jarres et des cruchons. C’était là qu’on faisait cuire les chairs des malheureux Indiens sacrifiés pour servir aux repas des papes. Près de la pierre des sacrifices se voyaient plusieurs coutelas et des billots semblables à ceux qui servent à dépecer la viande dans les boucheries. Derrière la tour, et assez loin, s’élevaient des amas de bois à brûler et, à peu de distance, s’étalait un bassin qui se remplissait et se vidait à volonté, s’alimentant, par des canaux couverts, aux conduites d’eau qui venaient de Chapultepeque. J’avais, pour ma part, l’habitude d’appeler cet édifice l’Enfer.

Continuons l’examen de ce préau et voyons un autre pavillon qui servait à l’inhumation des grands seigneurs mexicains. Il y avait toujours des idoles, du sang, de la fumée, et des portes avec leurs figures infernales. Non loin de cet édifice s’en trouvait encore un autre, plein de crânes et de fémurs arrangés avec tant d’ordre qu’on pouvait tous les voir, mais non les compter, à cause de leur grand nombre; du reste, les crânes étaient d’un côté, et les fémurs, séparés, de l’autre. Il y avait là de nouvelles idoles et dans chaque édifice se trouvaient des papes avec leurs longs manteaux de couleur foncée, surmontés de capuchons comme en ont les dominicains et ressemblant un peu à ceux de nos chanoines; leur chevelure était longue et en tel état que les cheveux ne pouvaient en être démêlés ; la plupart avaient sacrifié leurs oreilles, et leur tête dégouttait de sang. Allons un peu plus loin: au-delà des édifices où se trouvaient les crânes, il y avait encore d’autres idoles auxquelles on sacrifiait et qui étaient représentées sous de vilaines formes. On les disait préposées au patronage des mariages des hommes. Je ne veux pas m’arrêter davantage à la peinture de tant de divinités. Je me bornerai à dire que, tout autour de ce grand préau, il y avait encore un bassin beaucoup plus, grand, rempli d’eau très claire et destiné au service de Huichilobos (Huitzilopochtli) et de Tezcatepuca (Tecaztlipoca). On l’alimentait aussi par des canaux couverts qui venaient de Chapultepeque. Tout près de ce bassin se voyaient de grandes constructions comparables à nos monastères, où étaient recueillies un grand nombre de filles d’habitants de Mexico, y vivant comme des religieuses cloîtrées jusqu’à ce qu’elles se mariassent. Là se trouvaient aussi deux idoles féminines, patronnes des mariages pour les femmes. On leur faisait des sacrifices et de grandes fêtes pour en obtenir de bons maris.

Je me suis arrêté bien longtemps à décrire ce grand temple du Tatelulco et ses préaux parce que c’était le plus vaste de toute la capitale, où il y en avait bien d’autres somptueusement édifiés, et si nombreux que l’on y comptait un grand oratoire avec ses idoles pour chaque réunion de quatre quartiers. Je n’en pourrais dire le total; j’affirmerai seulement qu’il était considérable.”

Croquis aquarellé de Temistitan, in Alberico, A. Zrzi, vol. 2, c. Bib. Laurenziana, Florence.

Le lac de Texcoco sur le haut plateau central de Mexico. La ville de Mexico-Tenochtitlan est représentée par un aigle sur un cactus.

La ville insulaire.

Fresques de Diego Riviera, Mexique, 1945.

Jacques Soustelle Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole Editions Hachette Paris, France – 1955.

“ Regardons-la encore une fois, cette ville, écoutons-la. Son activité n’a rien de fébrile, mais elle est incessante et ordonnée. La foule aux visages bruns et aux vêtements blancs s’écoule sans arrêt au long des façades muettes, dont les portails exhalent le souffle frais des jardins. Peu de conversations, et à mi-voix, dans le frôlement des pieds nus et des sandales. Si on lève les yeux, on voit se détacher sur le ciel éclatant les silhouettes aiguës des pyramides; plus loin, les deux grands volcans dressent au-dessus des forêts sombres leurs champs de neige éternelle. Les hommes, le front courbé en avant soutenant une courroie, trottinent sous des fardeaux; les femmes vont vers le marché en portant dans une corbeille des volailles ou des légumes. À côté d’eux, des canots glissent en silence sur l’eau. Soudain, un cri se répète de bouche en bouche, un cortège apparaît au loin sur l’avenue : l’empereur! La foule s’écarte, et, les yeux baissés, jette des fleurs, des manteaux sous les pas du souverain qui s’avance, encadré de dignitaires, dans une gloire de plumes vertes et de bijoux d’or.

L’air est frais, même à midi, pour peu qu’on longe les murs pour recueillir l’ombre, et il est franchement froid la nuit. Pas d’éclairage public. Et la nuit, chacun le sait, est le règne des êtres mystérieux et farouches qui surgissent aux carrefours, de Tezcatlipoca qui défie les guerriers, des lugubres Ciuateteo, monstres féminins qui hantent les ténèbres. Pourtant la ville - contrairement à ce qui se passait, à la même époque, dans nos villes d’Europe - ne cesse pas de vivre jusqu’au lendemain matin. La lueur rougeâtre des torches nimbe les portails et plane au-dessus des cours. C’est la nuit qu’on rend les visites les plus importantes, qu’on célèbre le retour des caravanes, que les prêtres se relèvent à intervalles réguliers pour célébrer les rites : le son des flûtes et des voix dans un banquet de seigneurs ou de marchands, celui des gongs dans les temples, retentissent dans l’ombre que déchirent, sur les degrés du teocalli les flammes d’énormes trépieds chargés de bois résineux.”

Illustration de “Mexique Ancien”, éditions Grund, Paris 1998. A gauche, le temple Mayor, dominant le centre cérémoniel clôt par mur au serpent.

Hugh Thomas La conquista de mexico Editions Planeta Barcelone, Espagne – 1995.

“ Une vue aérienne aurait révélé une île ovale unie avec la terre ferme par trois avenues convergentes au centre de la ville. Ces avenues étaient coupées par des canaux sur lesquels se jetaient des ponts-levis. La rive de la ville scintillait du vert de ses jardins flottants, alors qu’au centre prédominait le blanc brillant des maisons où la végétation se résumait à de petits carrés dans les jardins intérieurs.

Au-dessus de la masse carrée des toits s’élançaient les différents temples, chacun construit sur sa plate-forme, en manière de pyramides tronquées. La ville avait peu de rues et d’espaces ouverts, mais elle était sillonnée de canaux qui croisaient des ponts. Les deux places principales étaient celles du temple de Tlatelolco et celle du centre religieux de Tenochtitlan proprement dit, espaces ouvert qui offraient un agréable point de vue sur les pyramides et les palais officiels rassemblés autour. Ces masses verticales, élancées au milieu du réseau dense des habitations, devaient donner à l’ensemble un aspect particulier.

Si un visiteur avait du traverser Tenochtitlan du sud au nord, la riche variété des vues l’aurait impressionné. En s’approchant par l’avenue, le voyageur de ces temps passait d’abord par des étendues d’eau, ensuite apparaissaient graduellement des petites îles de verdure faites de l’accumulation de la vase sortit du fond du lac peu profond. Les jardiniers vêtus de blancs conduisaient habilement, leurs canoës à travers ce labyrinthe. Ces îlots irréguliers apparaissaient formant, graduellement, un agroupement plus ordonné où l’accumulation de la terre s’était stabilisée au fur et à mesure que les racines, atteignant le fond du lac, établissaient un ancrage solide. Ce terrain établit artificiellement réduisait la superficie du lac à un réseau de canaux.

A l’exception des larges avenues, il y avait peu de chemins, et au large des canaux le voyageur voyait des canoës chargés de produits se diriger vers la ville. Ici et là, entre le vert des arbres, dépassaient les toits et les murs de paille des paysans. Les murs d’adobe (briques de terre crue) des constructions plus importantes commençaient à remplacer les jardins, et les eaux du lac se réduisaient en des canaux qui suivaient les chemins. Les murs d’adobe disparaissaient et l’on pouvait voir les façades de maisons plus somptueuses, blanche ou peint de tezontle moulu qui leur donnait une vive couleur rouge matte. Ainsi le visiteur pouvait se rendre compte comment s’étendait la ville sur une succession d’îles artificielles qui avait d’abord un jardin potager, puis une modeste cabane avant que, finalement, elles fassent partie intégrante des fondations de la ville proprement dite.

L’avenue s’était transformée, d’un simple moyen de communication à une rue principale, avec toute sa complexité sociale. Comme les canaux remplaçaient les chemins, ils étaient si rares les passages que les avenues étaient, à la fois, des lieux de récréation et des artères de circulation. Ainsi, les gens qui étaient de passages, celle qui allait à ses affaires, ceux qui marchaient vers les milles activités religieuses, cachaient les larges files de porteurs trottinant, inclinés sous leurs marchandises, qui allaient en ville avec des produits de ventes ou de tributs, ou qui en partait avec des articles pour le troc. Pas une roue ne tournait, pas un animal ne circulait, le transport se faisait par les sandales des hommes et les canoës.”

Illustration de “Mexique Ancien”, éditions Grund, Paris 1998. Le centre cérémoniel.

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LES AZTEQUES

A. L'origine des Aztèques

Le plan d’Aztlan, ill. de “Histoire de la nation mexicaine”, p.3, Codex Aubin.

L’histoire des Aztèques débuta par une tribu venant d’Aztlan. Bien que la plupart des sources indiquent cette origine, il n’existe pas de documents informant avec précision sa localisation. Les codex se limitent à la représenter comme une île sur un lac, comme une montagne entourée d’eau. Selon les documents historiques, les Aztèques abandonnèrent leur lieu d’origine et se mirent en marche sur les exhortations de leur dieu tribal Huitzilopochtli. Dans ce récit, comme dans toute l’histoire aztèque, l’histoire et la mythologie se croisent sans jamais pouvoir se séparer de façon précise. Existait-il une période sédentaire avant l’exode ? S’agit-il d’une ville oubliée ou est-ce une métaphore postérieure des historiens du royaume?

Dans la description de quelques documents d’Aztlan, plusieurs chercheurs tentèrent d’identifier les paysages réels qui pourrait contribuer à sa localisation géographique. La ville étant représentée comme une île sur un lac, on peut imaginer comme origine des Aztèques l’île de Mexcaltitân et de San Felipe Aztatán de l’état de Nayarit; l’île de Janitzio sur le lac de Pátzcuaro dans l’état de Michoacan ou la péninsule de Basse Californie.

Mais Aztlán est aussi une image symbolique à l’existence mythique. Non seulement il n’existe pas de représentation signalant sa localisation concrète, mais Aztlán n’a pas de glyphe la représentant et aucun texte ne compte son histoire. Et la description de son environnement, qui pourrait éventuellement nous éclairer sur son existence, montre d’étranges caractéristiques: les auteurs nous informant sur la ville d’Aztlán paraissent avoir sous les yeux la ville de Mexico-Tenochtitlan. Comme la capitale, la ville originelle est sur une île au milieu d’un lac, la ville voisine s’appelle Colhuacan, exactement comme la ville côtière de lac Texcoco, tout prés de Tenochtitlan, et la faune d’Aztlán est constituée en bonne partie de poissons et d’oiseaux marins typique du lac de Mexico.

Selon d’autres sources, les Aztèques formèrent une des sept tribus qui dans des temps anciens vécurent à Chicomoztoc, “le lieu des sept grottes”. Certains documents établissent une identification d’une espèce de duplication du lieu d’origine: Chicomoztoc et Aztlán sont des images qui se ressemble de différentes façons. Pour Chimalpahin, Chicomoztoc est une grotte prés d’Aztlán, un sanctuaire où les habitants de l’île réalisait leurs rites; pour l’auteur de la “chronique mexicáyotl”, Chicomoztoc n’est autre qu’un autre nom de l’île, et les Aztèques sont chicomoztéques. Dans l’ “Histoire des mexicains par leurs peintures”, Chicomoztoc est le nom d’un des lieux où s’établirent temporairement les Aztèques après l’abandon d’Aztlán. L’image de Chicomoztoc est, de toute façon, complètement différente d’une île avec poissons et oiseaux marins. Chicomoztoc apparaît au milieu d’un paysage désertique, entourés d’animaux sauvages et de végétation typique de terres infertiles

La migration des aztèque depuis Aztlan, Codex Boturini, musée national d’anthropologie de Mexico.

Chicomoztoc représente-t-il un lieu déterminé géographiquement dans les steppes nordiques ou est-ce une ville mythique comme l’existence d’Aztlán? L’opinion unanime des historiens est que le paysage décrit par les diverses sources représente un semi-désert du nord, où les Aztèques ont vagabondé d’un endroit a un autre à la recherche d’animaux sauvages, comme beaucoup d’autres tribus avant de se sédentariser dans les plaines centrales. Un moine anonyme nous informe sur la forme de vie de cette tribu, dénommé chichimèque, vivant de chasse et de cueillette:

“ La population était faible et les gens très rustiques, vivant de manière quasi sauvage, sans maison ni habitation certaine: ils ne mangeaient pas de pain (tortillas), ils n’avaient ni maïs ni rien d’autre pour en faire, récoltant des herbes et chassant du gibier sauvage, lièvres, lapins, oiseaux, couleuvres, pour lesquels ils utilisaient l’arc et la flèche, ils n’avaient pas de coton ou autre pour ce faire des vêtements; s’habillant de peaux alors que la majorité étaient nus.”

Malgré leur simple forme de vie, il ne faut pas imaginer, comme l’on fait des historiens du XVIeme siècle, que les chichimèques étaient totalement dénués d’organisation sociale. Dans la relation entre les individus de la tribu, se manifestait une solide hiérarchie et une morale stricte. Par exemple, la peine de mort en cas d’adultère ou les strictes règles d’élections matrimoniales.

A la tête du groupe des cueilleurs et des chasseurs se trouve le tlatoani, dont la fonction principale consiste à répartir les pièces de chasse entre les membres de la tribu. Dans l’organisation sociale tribale la figure du chaman est également importante. Lui sont attribués différents pouvoirs surnaturels: le chaman communique avec les dieux et les morts, peut prédire l’avenir, adopter une forme animale, est capable de ramener de l’infra monde.

Dans la religion chichimèque, il existe deux formes parallèles de culte: le culte des ancêtres qui protégent la tribu, et qui par leurs communications les guident sur leur chemin; et le culte des forces naturelles, surtout le soleil et les étoiles nocturnes. Plusieurs formes de divinités sont de représentation anthropomorphique ou zoomorphique. Le dieu tribal, probablement un ancêtre important, est représenté dans la tribu par le biais du tlaquimilolli, butin cérémoniel contenant des objets symboliques (plumes précieuses, pierres, fleurs séchées…) que la tribu transporte toujours avec elle.

Les Aztèques, en route pour le sud, entrent en contact avec les populations agricoles de la plaine centrale. Avec elle s’engage un processus d’acculturation qui s’accélère au fur et à mesure de l’avancée vers la région des lagunes. Quand les Aztèques entrèrent à Tula, la ville avait été abandonnée par ses habitants. Cette ville, qui se trouve à la frontière entre les peuples sédentaires de la pleine centrale et des barbares, fut probablement la victime des attaques périodiques de guerriers nomades. La population de civilisation très avancée qui fleurie ici entre le IXème et le XIème siècle (Tula en nahuatl signifie cultivé), vit alors à Colhuacan, Cholula, Xochimilco, Chalco et dans beaucoup d’autres endroit de la plaine centrale. Par le contact avec la population de ces villes, les Aztèques apprirent la langue, la religion et les coutumes de l’antique civilisation Toltèque.

Mais quel fut ce peuple en qui les Aztèques du XVème voit le fondement de leur culture? Touts les arts, pensent les Aztèques, sont l’héritage des Toltèques. Ils découvrirent et inventèrent la peinture, la sculpture, l’architecture, les tissus de plume, la broderie et l’art de sculpter la pierre. Selon les Aztèques, les anciens habitants de Tollan furent des savants maîtrisant l’effet médicinal des plantes et connaissant le mouvement des astres. Les Toltèques étaient considérés, de plus, comme les créateurs du calendrier et de l’écriture, philosophes occupés par des questions telles que l’origine de l’existence.

Le déroulement et la formation de la culture Toltèque sont étroitement liée au dieu Quetzalcóatl (serpent à plumes). A ce sacerdoce et roi ensuite déifié, est attribué une grande partie des arts et de la connaissance de ce peuple. Comme roi, Quetzalcóatl, est considéré comme un homme savant et juste, préoccupé par les questions morales de son peuple. Comme sacerdoce, il enseigna l’existence d’un double-dieu, Ometéotl, en qui ils voient le créateur de touts choses. Cette divinité devait être honorée, selon l’enseignement de Quetzalcóatl, par la méditation et l’auto sacrifice. Par la faute de batailles internes, Quetzalcóatl dut abandonner son règne. Conformément au mythe, il fut expulsé par le dieu Tezcatlipoca, qui le conduisit, à travers diverses tentations, à abandonner la pureté de son âme. Plein de tristesse et de remords pour ses “péchés” commis, Quetzalcóatl abandonna Tula en compagnie de ses serviteurs et parti pour l’est jusqu’à atteindre la côte d’où ils s’embarqua pour le large. Selon d’autres sources, arrivé à la côte, il prit feu et se transforma en étoile du matin. De façon plus réaliste, il est très probable que les adversaires de Quetzalcóatl, membres d’une tribu venue du nord et fraîchement débarqués à Tula, tentèrent d’imposer un polythéisme religieux, comme le rite du sacrifice humain entre ses habitants. Après le départ de Quetzalcóatl, quelques années de sécheresse et l’arrivée périodique de tribus barbares, Tula tomba dans la décadence.

A leur arrivé à Tula, les Aztèques s’assirent devant les ruines à Coatepec, une colline en face de la ville abandonnée. Passa un temps, et quelques membres de la tribu insistèrent pour s’installer définitivement en ce lieu, proposition qui provoqua un conflit menant à l’anéantissement des partisans à la sédentarisation.

Après avoir finalement abandonné Coatepec, ils émigrèrent vers les grands lacs jusqu’à atteindre Chapultepec, où pour la première fois ils se sédentarisèrent. Il est clair que l’arrive de la tribu de chasseurs réveilla l’agressivité des peuples agricoles de la plaine centrale

Décidé à éliminer les nouveaux venus, une alliance militaire formé par les villes de Azcapotzalco, Tlacopan, Coyoácan, Xochimilco, Colhuacan et Chalco attaquèrent le camp des Aztèques à Chapultepec. Après la déroute, une grande partie de la population aztèque est faite prisonnière et emmené à Colhuacan, où les hommes furent obligés à servir l’exercice des colhuas.

En échange des services rendus, spécialement pour leur aide pendant la guerre contre les Xochimilcas, le chef de Colhuacan permis aux Aztèques d’occuper un terrain qui serait-leur. A Tizapán, lieu plein de serpents, les Aztèques tentèrent de nouveau la sédentarisation. “S’installèrent alors les Mexicains – nous informe Tezozomoc – et prirent pour belle-fille les filles des Culhuacanos, et les Culhuacanos prirent pour beau-fils les fils des mexicains, en faisant leurs propres enfants”. Pour la tribu, la parenté avec leur voisin d’origine Toltèque signifiait un pas décisif vers l’acculturation.

Malgré leurs unions matrimoniales, les Aztèques entrèrent à nouveau en conflit avec les colhuas. Selon certaines sources, les autorités religieuses des Aztèques demandèrent au chef de Colhuacan de leur remettre sa fille pour la vénérer comme une déesse à côté de leur dieu tribal Huitzilopochtli. Alors que les colhuas pensèrent que les Aztèques reconnaîtraient la princesse comme une déesse vivante, ces derniers la tuèrent en un sacrifice cérémoniel. Avec l’intention de détruire définitivement les Aztèques, les colhuas préparèrent une attaque nocturne. Avertis au dernier moment, une partie de la tribu aztèque a pu échapper à l’attaque.

Après s’être caché un moment dans le marais, les Aztèques se réunirent de nouveau sur un îlot du lac, où ils reçurent le signal de leur dieu tribal Huitzilopochtli – un nopal (sorte de cactus courant dans la pleine centrale) sur lequel est posé un aigle dévorant un serpent - qui leur indiqua qu’ici était la terre promise. D’autres sources, comme la description de Tezozómoc et le “Manuscrit Tovar”, mentionnent que les Aztèques interprétèrent la présence en ce lieu de plantes et animaux de couleur blanche comme le signal envoyé par le dieu Huitzilopochtli et qu’en ce lieu ils devaient fonder leur cité. En réalité, on peut attribuer la fondation de Mexico-Tenochtitlan sur l’îlot du lac Texcoco a deux raisons: premièrement, l’îlot est le seul endroit de la région pas ou peu habité; et deuxièmement, les Aztèques trouvèrent une source d’eau douce, qui, sur un lac salé, suffit au choix de ce site.

Bien que les Aztèques purent construire leur ville tranquillement sur l’îlot du lac de Texcoco, ils ne jouissaient pas d’une liberté totale: ils devaient payer un tribut aux tepanecas d’ Azcapotzalco, à qui appartenait l’île. En 1427, les Aztèques alliés avec Texcoco, l’état voisin qui était aussi sous la domination Azcapotzalco, purent vaincre les Tepanecas, et commença un siècle où put se dérouler une vigoureuse culture étendant son pouvoir et sa domination jusqu’à l’actuel état du Campeche et de la république du Guatemala.

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LES AZTEQUES

L'univers Aztèque

1. Le cinquième soleil

Selon les Mexicains antiques le monde actuel fut précédé par quatre ages ou quatre soleils. Chacune de ces époques fut régie par un soleil et disparu de façon tragique.

Dans le premier age, celui du soleil d’eau du signe “ quatre-eau ”, tout retourna à l’eau et les hommes se transformèrent en poissons.

Dans le second, du signe “ quatre-tigre ” ou soleil de tigre, le soleil ne pouvait pas suivre sa trajectoire, le monde s’obscurcit et les jaguars dévorèrent les hommes. Le troisième age, le signe étant “ quatre-pluie ” ou soleil de la pluie, arriva à sa fin par une pluie de feu et tout fut brûlé. Dans le quatrième, “ quatre-vent ” ou soleil de vent, se leva un vent qui rasa toute la surface de la planète.L’idée de l’existence de quatre ages antérieure à la nôtre parait avoir était largement répandu dans la plaine centrale puisque que quasiment tous les documents le mentionnent. Bien-sûr, les circonstances de ces cataclysmes varient d’une source à l’autre. Dans “ l’histoire des mexicains par leurs peintures ”, l’existence des ages antérieurs à l’époque actuelle et la conséquence de bataille entre les dieux créateurs.

Dans le premier age, Tezcaltipoca se convertit en soleil et le reste des dieux créèrent les géants, énormes et vigoureux se nourrissant de glands.

Après 676 années, Tezcatlipoca cessa d’être le soleil et Quetzalcóatl le frappa d’un bâton, il tomba à l’eau et les jaguars dévorèrent les géants.

Passèrent encore 676 ans, Tezcatlipoca converti en jaguar, donna un coup a Quetzalcóatl qui le détruisit, ce qui mit fin à cet âge. Ensuite, Tlaloc (dieu de la pluie) fut soleil. A cet âge, les hommes se nourrirent seulement de acecentli (plante aquatique).

Mais Quetzalcóatl fit pleuvoir le feu du ciel, et ainsi termina l’âge du soleil Tlaloc. Quetzalcóatl fit de Chalchiutlicue, la femme de Tlaloc, le soleil. A cette époque les hommes vivaient d’une graine appelé cencocopi. Mais la dernière année que Chalchiutlicue occupa le rôle de soleil, il plut si fort que le ciel tomba et les courants d’eau emportèrent les hommes.

De même que pour les âges antérieurs, les Aztèques pensèrent que cet âge arriverait à sa fin. Comme le nom du soleil qui régnait se nommait naui ollin, “ quatre-mouvement ”, l’âge du mouvement prendrait fin le jour du même nom. Ainsi, tout ce qui existe serait détruit par un tremblement de terre – car ollin signifiait mouvement comme tremblement de terre – et les monstres, les tzitzizime, qui vivent à l’ouest du ciel, descendraient pour dévorer les ultimes survivants.

2. La Terre

La crétion de la Terre.

Les Aztèques s’imaginaient la Terre comme une espèce de monstre, un énorme poisson ou crocodile appelé cipactli. Dans “ l’histoire des mexicains par leurs peintures ”, il est écrit qu’après que les dieux eurent créé le ciel et l’infra monde, ils firent l’eau �� laquelle ils sortirent un grand poisson appelé cipactli, comme un caïman, et de ce poisson ils firent la Terre”.

Selon une autre conception, la Terre fut faite du corps de la déesse Tlateutli, descendu du ciel par les dieux créateurs Quetzalcóatl et Tezcaltipoca et déposé dans l’eau originelle. Ces dieux, convertis en serpent, attrapèrent d’une telle force le corps de Tlateuli, qu’ils le partagèrent en deux. Avec les différentes parties de son corps ils firent les montagnes, les vallées, les grottes, les plantes…

Les quatres direction de l’univers. Codex Fejévary-Mayer, musée de la ville Liverpool.

Calendrier rituel de 52 années. Codex Florentino, tome II.

Les points cardinaux ou quarts d’univers.

Tout autour de la terre il y avait l’eau. A l’horizon, l’eau s’unie au ciel et entoure la Terre. On l’appelle teotl, “ l’eau divine ” ou ilhuica-atl, “ l’eau céleste ”. L’image du codex Borbornicus nous montre la Terre entourée de cette entité “ eau-ciel ”. Le soleil est représenté comme un butin mortuaire car les Mexicains antiques croyaient que le soleil, au crépuscule, pénétrait dans l’eau pour continuer son chemin dans l’infra monde, où marchent les morts.

La Terre et l’anneau d’eau sont au milieu d’un univers divisé en quatre régions. Dans chaque quart d’univers se trouvent deux divinités qui protègent et gouverne la région, comme le montre la représentation du codex Fejérváry-Mayer (CodFejérváry.jpg). Au centre de l’univers vit le dieu du feu Xuihtecutli, “ Seigneur des pierres précieuses ” ou “ Seigneur des quatre directions ”. Les Aztèques associaient les points cardinaux à une série de symboles: l’est est la région de la lumière, de la fertilité et de la vie, sa couleur est le rouge, son dieu est Tezcatlipoca rouge; le nord est la région des morts et de la couleur noire habité par Tezcatlipoca noir; la maison du soleil est à l’ouest représentée par le blanc, son dieu est Quetzalcoatl blanc; et le sud est la région des semailles dont la couleur est le bleu, habité par Tezcatlipoca bleu.Ces quatre directions étaient les chemins possibles de l’homme vivant sur Terre : l’espace de la vie.

3. Le ciel et l’infra monde.

En plus de cette vision horizontale, il existait dans la pensée préhispanique une division verticale de l’univers: le ciel est divisé en treize couches, et l’infra monde ou intérieur de la Terre, en neuf, correspondant au cycle perpétuel du temps de la naissance à la mort : le temps de la vie.

La naissance

Dans les cinq premiers ciels se trouve respectivement le chemin de la lune, dans le second celui des étoiles, puis du soleil, de Venus et des comètes. Ensuite viennent les ciels de différentes couleurs, et dans les ciels suivants vivent les dieux. Au sommet de l’univers, dans le ciel le plus haut, habite le couple formé d’ Ometéotl et d’ Omecíuatl. C’est de là que naissait chaque homme. La descente du ciel à la Terre, rythmé par ces différents niveaux, évoque la gestation dans le ventre maternel.

La mort

Les neuf enfers ou marches du monde souterrain rythment l’épouvantable chemin que les morts doivent parcourir jusqu’à atteindre le niveau le plus profond, Mictlan, lieu où règne Mictlantecutli et sa femme Mictecacíuatl. Les morts étaient ligotés de bandelettes puis incinérées en position accroupi et arrosés d’eau. On enterrait alors cette momie avec différents objets pour les aider à descendre les neufs niveaux de l’infra monde. Ainsi, les accompagnait un chien pour les guider, les bandelettes les protégaient des pics du vent et du froid, une pierre de jade, symbole de la vie, servait de laisser-passer… Arrivé au plus bas des ténèbres, le mort disparaissait pour l’éternité à Mictlan (auteur inconnu):

“ Oh mon fils ! Maintenant tu es dans le lieu obscur, sans lumière, sans fenêtres, sans moyen d’en sortir, d’où l’on ne peut revenir et d’où tu ne pourras plus bénéficier ni d’aide, ni de sollicitude de notre part.”

Voici quelques-unes de ces épreuves, selon Sahagùn : deux montagnes se rapprochant et écrasant le passant ; le combat l’opposant à une couleuvre gardant le chemin ; celui contre un lézard vert ; le lieu du vent froid tranchant comme le couteau ; la traversé du fleuve Chiconahuapan… Elles sont, selon le Codex du Vatican 3738 : la terre ; un passage d’eau ; le lieu où l’on trouve les collines ; la colline d’obsidienne (les couteaux étaient fait à cette époque d’obsidienne) ; le lieu qui mange le cœur des passants (autre image du couteau d’obsidienne utilisé pour arracher le cœur des sacrifiés) ; le lieu de l’obsidienne des morts…

Tel était le destin de l’homme, sans idée de rétribution morale, de récompense ou de châtiment. Il s’agit plutôt d’un retour à l’origine, une boucle infinie, la venue à Mictlan étant le retour à la naissance. En effet, dans la vision aztèque, la vie et la mort sont opposées et égales, elles sont symétriques et concourantes, représentant le cycle sacré du soleil qui meurt pour renaître. C’est l’une des manifestations de leur vision dualiste du monde. Ainsi, Mictlan, le lieu sombre et inaccessible, est la métaphore du ventre maternel, figure représentant le cœur de la Terre, la déesse féminine par opposition au ciel masculin, d’où surgit la vie. La position fétal et le bain d’eau du corps du mort nous rappelle les conditions de la vie précédant naissance. De la même façon, la grotte, l’intérieur de la Terre et donc de la mère, est la figure d’un habitat qui permet la naissance de l’homme et d’un peuple sédentarisé.

Cependant, Mictlan n’était pas la seul issu après la mort. L’homme pouvait espérer sortir de sa condition pour vivre avec les dieux. Ainsi, certains recevaient d’Huitzilopochtli, le dieu du soleil au zénith et de la guerre, le suprême privilège de vivre pour l’éternité. C’était le cas des guerriers morts au combat ou sur la pierre du sacrifice qui devenaient des quauhtecayl, un “ compagnon de l’aigle ” c’est à dire compagnon du soleil. Pendant quatre ans ils accompagnaient le brillant et joyeux cortège de l’astre de l’orient au zénith. Ces guerriers éternels étaient autant de rayons de lumière sacrés. Après ces quatre années, ils se réincarnaient en colibris, libres de voler de fleur en fleur dans un éternel printemps. C’était aussi le cas des pochtecas, commerçants voyageurs, dont les explorations servaient la connaissance et la conquête de nouvelles terres. Quand le soleil arrivait au zénith, au centre du ciel, il entrait dans le ciuatlampa, “ le coté féminin ”, la demeure des déesses-mères et des femmes décédées à l’accouchement alors déifiées, appelées Ciuateteo. C’est elles qui accompagnaient alors le soleil jusqu’à sa disparition, sa mort journalière.

Huitzilopochtli n’était pas le seul qui donnait la vie éternelle aux hommes. Tlaloc, dieu de la pluie, ouvrait les porte de son paradis, le Tlalocan à ceux morts noyés, frappés par la foudre ou d’une maladie causée par l’eau. Tlalocan est l’idéalisation des terres tropicales de l’est, pays des fleurs et de la verdure sous la pluie tiède, jardin de l’abondance et du repos, où les bienheureux connaissaient une joie paisible et sans fin.

Ces deux “ paradis ”, représentent “ les deux idéologies des deux éléments qui avaient concouru à former la population mexicaine : les nomades chasseurs et guerriers, adeptes du culte solaire, et les cultivateurs sédentaires, adorateurs du dieu des pluies. Aux uns, l’éclatant chemin de l’orient au zénith, puis l’insouciante éternité de l’oiseau-mouche ; aux autres, le bonheur calme de l’abondance sans travail et sans peine, dans le vert et humide paradis des tropiques. ” (Jacques Soustelle, Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole).

Le calendrier

Le calendrier aztèque était double. Deux cycles de temps, comme les deux roues d’un engrenage, tournent côte à côte et se synchronisent tous les 52 ans :

NOM Tonalpual Xihuitl USAGE Rituel religieux Civil et agricole USAGERS Sacerdoces Populaires TEMPS 260 jours 360+5 jours SYMBOLE Gestation humaine Révolution solaire ASTRE Lunaire Solaire

Quand l’année commence, commence en même temps son influence en l’un des quatre points cardinaux ou région de l’univers. A la fin de l’année, arrive une autre qui gouvernera la prochaine région. Leur calcul du temps est excellent pour ce type d’association car, par le structure double du calendrier, les années ne peuvent commencer que par les jours tochtli (lapin), acatl (roseau), tecpatl (couteau) et calli (maison), desquels les années prennent le nom. Un “ âge ” ou “ siècle ” arrive à sa fin quand s’accomplissent les 52 ans, c’est à dire, après que les années ai dominé 13 fois la région de l’univers qui leur correspond.

Les aztèque représentent la série de 52 années en forme de roue de cercle concentriques, (figure). Comme on le voit, les années tochtli appartiennent au sud, les années acatl à l’est, les années tecpatl au nord et les années calli à l’ouest.

Cette étrange convergence du temps et de l’espace correspond à la vision de l’action comme déterminer par son temps et son lieu. Le comportement concret du temps et de l’espace converge dans la même action. Quand les aztèques se réfèrent à une année, ils expriment aussi son lieu et son action.

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LES AZTEQUES

ESQUISSE DE LA VILLE DE MEXICO - TENOCHTITLAN

A. Tenochtitlan, miroir de l’univers aztèque.

1. Étymologie

Tenochtitlan est le lieu du tenochtli, figuier de barbarie au fruit dur, représenté dans le glyphe qui désigne la ville par un cactus poussant sur un rocher. Tenoch aurait aussi été le nom de l’un dix fondateurs de la ville (voir II Origine des aztèques).

Comme pour Tenochtitlan, l’un des dix fondateurs de la ville était nommé Metzin, comme le précise le codex Mendoza. Il s’agit peut-être d’une interprétation proprement aztèque, lesquels cherchaient systématiquement à présenter leur île comme un lieu vierge de toute population avant leur arrivée, ce qui n’était probablement pas le cas.

Mexico peut être aussi compris comme “ la ville qui est au milieu du lac ” (meztli la lune, xictli l’ombilic ou le centre). Cette signification est appuyée par le nom que le peuple Otomi, installé sur le plateau mexicain avant les Aztèques, donnait à ce lieu : anbondo amadetzânâ (anbondo figuier de barbarie, amadetzânâ au milieu de la lune). L’appellation serait donc antérieure à la venue des aztèques, qui s’installèrent non sans difficulté dans cette région déjà largement peuplée.

Si le terme Tenochtitlan se rattache directement à la mythologie aztèque, par la vision de l’aigle posé sur un figuier de barbarie désignant l’emplacement de la ville à sa fondation, le terme Mexico évoque la lune, en miroir au dieu aztèque Huitzilopochtli, dieu du soleil au zénith. Ce double terme exprime la grande dualité des aztèques : la dualité de leurs origines (des guerriers nomades venus se sédentariser à la lumière de cultures plus anciennes), dualité de l’univers où la lune et le soleil coexistent.

Codex Duran. La vision prédite par le dieu Huitzilopochtli, un aigle dévorant sur un cactus, le lieu de fondation de la ville.

2. Fondation de la ville

L’eau, la terre, le ciel et le Soleil à Tenochtitlan.

Comme nous l’avons vu dans la deuxième partie, les Aztèques imaginaient que la terre, plate, était entourée d’eau : l’océan. S’étendant à l’infini, il était appelé “ eau céleste ”, c’est à dire l’intersection périphérique du ciel et de la terre. La ville de Mexico-Tenochtitlan, construite sur un îlot rocheux au milieu d’une lagune salée, n’est autre qu’une miniaturisation du monde. La capitale aztèque est une réduction du monde à son centre. Dans la mythologie, Quetzalcoatl retourne au ciel en jetant un pont par delà l’eau céleste. Pour les Aztèques, le sang humain, nécessaire à la régénération périodique du mouvement solaire, se nomme chalchiuatl, eau précieuse. Comme l’eau fait cycliquement renaître la terre verte après la mort hivernale, le sang humain entretien l’énergie cosmique représentée par le cycle des astres.

L’île, le rocher dressé au milieu de l’eau, c’est déjà la pyramide, terre élancée vers le ciel, montagne sacrée au milieu de l’horizontalité terrienne. On peut imaginer que le lac était aussi le miroir du ciel, ses eaux calmes devaient refléter la lumière du soleil et les étoiles, donnant le sentiment que la ville flottait dans le ciel.

Enfin, le rocher au milieu de l’eau, c’est un point au centre d’un plan, c’est l’équinoxe du soleil dans le ciel représenté par le dieu de la guerre Huitzilopochtli, à qui le temple est principalement dédié.

La promesse d’Huitzilopochtli.

Les Aztèques découvrir le lieu de fondation de la ville de Mexico-Tenochtitlan guidé par leur dieu Huitzilopochtli (voir II L’origine des Aztèques).

Tezozomoc, “ Crónica mexicayotl ”, p. 62-63 :

“ Alors ils entrèrent dans les joncs et les roseaux, les vieux Mexica appelés Quauhtlequetzqui - ou peut-être Quauhcoatl - et Axolohua; et tous les deux cherchaient une terre pour les Mexica, une terre où s’établir. C’est sur l’ordre de Huitzilopochtli qu’ils pénétrèrent dans les roseaux et y virent tant de merveilles. Huitzilopochtli avait appelé les porteurs de dieux, Quauhtlequetzqui - ou Quauhcoatl - et Axolohua, le prêtre : “ Là dans les joncs, dans les roseaux veillera, se manifestera Huitzilopochtli. ȁ Ainsi parlait-il, de sa propre bouche, aux Mexica. Alors ils eurent la vision ; ils virent l’ahuehuete blanc, le saule blanc qui s’élevait là, le roseau blanc, le jonc blanc, la grenouille blanche, le poisson blanc, le serpent blanc dans l’eau ; et là ils virent, jumelés, les rochers, les grottes. La première grotte s’ouvrait à l’orient ; il en sortait l’eau de feu, l’eau embrasée; la deuxième grotte s’ouvrait au nord; il en sortait l’eau bleue, l’eau verte ; et les courants des deux sources se croisaient. Voyant cela, les deux vieillards se mirent à pleurer : “ ... C’est donc ici que sera notre cité, voilà que s’accomplit l’oracle de Huitzilopochtli…”

La nuit suivante, Huitzilopochtli appelle le prêtre Quauhcoatl et lui annonce une seconde vision : “ Retournez dans les roseaux ; là vous verrez le tenochtli et joyeusement posé dessus, l’aigle, dressé, l’aigle qui dévore et se chauffe au soleil... Et là sera notre cité Mexico Tenochtitlan, là où glatit l’aigle, là où il se déploie et mange, là où bondissent les poissons, là où gronde le serpent ; Mexico Tenochtitlan et il s’y fera de grandes choses.”

Aztlán, retour à l’origine.

Avant d’analyser la multitude de symboles émanant de la citation précédente, remarquons que le lieu de fondation de la ville de Mexico-Tenochtitlan ressemble trait pour trait au site de la ville antique et originelle d’Aztlán : une île sur un lac, une ville blanche comme la faune et la flore (voir II L’origine des Aztèques). De plus, comme l’indique la représentation d’Aztlán dans le codex Aubin, la ville était divisée en quatre quartiers et comprenait en son centre un temple dédié à Huitzilopochtli. Comme expliqué dans la deuxième partie, l’action, le temps et l’espace étaient intimement liés, les Aztèques superstitieux imaginaient que chaque jour relevait d’une influence particulière. Ainsi, les Aztèques quittèrent leur ville originelle le jour 1-tecpatl (un couteau de silex), pour enfin arriver, après une pérégrination de deux cycles de 52 ans, le même jour 1-tecpatl ! Le calendrier cyclique aztèque unit ces deux événements qui auraient eu lieu respectivement en 1064 et 1168. D’ailleurs la fondation de la ville proprement dite n’aura lieu que le lendemain, le 2-calli (2 maison), le jour de la vision de l’aigle, dévorant une tuna (une figue de barbarie) juché sur un cactus. Cette date désigne alors un autre cycle, un autre type d’action affectée à d’autres présages. Nous verrons que le premier jour de la fondation, la mythologie relate de l’influence des sédentaires où arrivèrent les Aztèques. La découverte de l’aigle sur le figuier de barbarie (tenochtli), est plus typiquement aztèque. Beaucoup de représentations figurent l’aigle tenant dans son bec un serpent, comme le drapeau de la nation mexicaine contemporaine. Selon les recherches de Christian Duverger, l’aigle dévorait en fait une tuna, figue de Barbarie, dont l’enveloppe verdâtre en piquante enferme un fruit frais au jus liquide, rouge et collant. La figure peut être reconnue comme Huitzilopochtli (figurée par l’aigle) faisant couler le sang des cœurs arrachés aux sacrifiés (la figue de Barbarie).

3. Le temple Mayor, le cœur du Monde Unique.

Illustration de “Mexique Ancien”, éditions Grund, Paris 1998. Un écorché du temple Mayor, ou teocalli, avec les temples anciens recouverts par le plus récent.

La ville blanche des aztèques, peuple de la blancheur.

Revenons à la description de Tezozomoc, à la blancheur du saule, du roseau, du jonc, de la grenouille, du poisson, du serpent et de l’eau. Couleur solaire, le blanc est aussi la couleur du sacrifice, de la mort céleste, de l’ouest où disparaît le soleil. Le blanc est la couleur de la mort sacrée, celle où l’homme, tel Quetzalcoatl, réussit la synthèse du corps et de l’esprit et retourne à son état originel de planète, de matière libérée de gravité. Le blanc est donc aussi la couleur de l’origine, des ancêtres dont la chevelure et le visage pâlissent, de la ville antique d’Aztlán.

Bien que la couleur blanche soit déjà chargée de sens d’en d’autres civilisations plus antiques, le blanc est typiquement aztèque, c’est par cette couleur qu’est évoquée leur ville. Ainsi le temple est blanc, c’est l’origine de la ville, la construction première, c’est le lieu du sacrifice.

La pyramide aux deux temples.

Codex Matritense, patrimoine national de la Real Casa, palais Real, Madrid. Le centre cérémoniel, selon la description de Bernardino de Sahagun dans un manuscrit de la seconde moitié du XVIème siècle.

Ensuite, Tezozomoc décrit un curieux phénomène : la présence de deux rochers, portants deux grottes, d’où coulent deux rivières se rejoignant : l’une rouge de feu, l’autre verte et bleu. Ces deux entités, indépendante et symétrique, expliquent la présence de deux temples en haut du teocalli. La maison des dieux supportait en effet deux temples, l’un dédié à Huitzilopochtli, l’autre à Tlaloc.

Le premier, peint en blanc et en rouge, est construit au sud de la grande plate-forme de la pyramide, dont les escaliers sont construits à l’ouest, car le dieu Huitzilopochtli était gaucher. Le rouge est l’eau de feu, l’eau embrasée, l’eau de feu ou chalchiuatl. C’est l’eau qui relance le soleil dans sa course, qui maintient le mouvement propre au cinquième soleil, mouvement exprimé par les fleuves qui se croisent.

Le second temple de couleur blanche et bleue, dédié à Tlaloc, est construit au nord. C’est ici l’eau descendante, l’eau qui donne la vie sur terre, qui fait pousser le vert.

Ces deux grottes et deux rivières, en plus d’exprimer la dualité ciel – terre, expriment l’origine double des aztèques. La métaphore de la grotte peut être ici considérée comme l’expression de deux peuples. En effet, beaucoup d’indiens du nord habitaient des grottes, comme les Aztèques alors qu’ils étaient encore nomades. De plus, la grotte, lieu obscure et souterrain, exprime Mictlan, le lieu obscur d’où l’on ne revient pas, le lieu de la mort terrestre promis à tous ceux qui ne seraient pas sauvés par le sacrifice. Mictlan est aussi d’une certaine façon la naissance, la grotte qui le représente évoquant aussi le ventre maternel, le retour à la vie terrestre. Mort et naissance sont encore une fois liées. Ce n’est pas exactement la naissance de deux peuples, mais d’un seul peuple à la double origine comme le prouve le mélange des deux rivières. D’un côté Huitzilopochtli, le dieu de la guerre des nomades aztèques, de l’autre Tlaloc, divinité antérieur à la fondation de la ville, léguée par les peuplades sédentaires au contact desquelles les Aztèques se fixèrent. Comme l’a démontré l’archéologie à Teotihuacan, Tlaloc était déjà vénéré des Toltèques.

Au centre du monde, pointée vers le ciel.

Jacques Soustelle, “ Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole ”, p.28 :

“ Il y a tout lieu de croire que l’apparition de l’aigle et du serpent se manifesta à Quauhcoatl et à ses compagnons sur l’emplacement même où fut bâti au XV ème siècle le temple de Huitzilopochtli, c’est-à-dire légèrement au nord-est de la cathédrale actuelle et à trois cents mètres environ, dans la même direction, du centre de la grande place appelée aujourd’hui Zócalo. Toutes les traditions concordent pour affirmer que le premier temple - qui n’était q’un “ oratoire ”, ayauhcalli - fut construit exactement en ce point; les souverains successifs n’épargnèrent rien pour donner à Huitzilopochtli un temple digne de lui, mais ce fut toujours sur le même terrain, terrain sacré désigné par le dieu en personne, que s’élevèrent règne après règne les édifices, les pyramides et les sanctuaires. Autour de ce centre religieux national surgirent les palais impériaux. De là aussi partaient les grands axes le long desquels grandit la capitale. La cité mexicaine, c’est d’abord le temple: le glyphe qui signifie “ chute d’une ville ” est le symbole d’un temple à demi renversé et incendié. En cette “ maison de dieu ” - c’est le sens du mot aztèque teocalli se résume et se concentre l’être même de la ville, du peuple et de l’État.”

L’idée d’ascension de la figure pyramidale était renforcée par sa reconstruction régulière, chaque 52 ans, sorte de siècle aztèque (voir II L’univers aztèque, Calendrier). La pratique d’ensevelir le temple sous un autre temple, plus grand et surtout plus haut, était courante dans beaucoup d’autres villes du haut plateau mexicain, comme en témoignent les fouilles effectuées à Cholula, Cacaxtla, Calixtlahuaca, Teotihuacan et Mexico-Tenochtitlan. Le templo Mayor, comme l’appelèrent les Espagnols, était toujours “ neuf “, bien que toujours le “ même “, cette pratique le rendait pour ainsi dire immortel, puisqu’en perpétuelle renaissance.

Pour les Nahuas, à qui les Aztèques reprennent nombreux traits culturels, l’ascension de la pyramide est le retour vers le ciel, quand l’homme redevient une planète, comme il l’avait été avant sa naissance, selon la doctrine du serpent à plume Quetzalcoatl (un serpent rampant dans la poussière comme le corps, plume légère comme l’âme qui s’élève et retourne au ciel). Chez les Aztèques, l’ascension est souvent sans retour physique, réservé aux sacrifiés, qui par le don de leur cœur, c’est à dire leur énergie interne, régénèrent le mouvement cosmique et vivent auprès du soleil, l’accompagnent de son lever à midi, quand dans sa verticalité il incarne Huitzilopochtli, le soleil à l’équinoxe.

Un volume sous le Soleil.

La ville de Mexico-Tenochtitlan est située sur le 20 ème parallèle de l’hémisphère nord, c’est à dire entre le tropique du Cancer et l’équateur. Ainsi, la trajectoire du soleil par rapport au sol est bien différente de celle que nous connaissons au nord du tropique : le soleil au sud en hiver, passe au nord en été, parcourant le ciel à la perpendiculaire du sol deux fois par an, aux équinoxes (figure 7) . Les anciens du Mexique, grands observateurs de ces mouvements, étaient sensibles à cette trajectoire particulière. D’un point de vue architectural, cet éclairage violent et sans ombre propre, était justement pris en compte dans la conception des temples. Imaginons-nous un 21 mars ou un 23 septembre, à midi, quand c’est Huitzilopochtli en personne qui éclaire le monde, la grande pyramide blanche illumine le cœur de la ville, sans un mètre carré d’ombre. Deux autres jours dans l’année, le soleil se lève juste entre les deux temples orientés nord – sud, à l’est non pas magnétique comme nous l’utilisons, mais l’est solaire. Le même soir, le soleil horizontal révèle le fond des temples, dont les peintures multicolores sortent de l’ombre et s’illuminent aux yeux des citadins.

4. Quatre avenues, une pyramide, cinq directions.

Codex Mendocino, Bodleian Library, Oxford. La fondation de la ville de Mexico-Tenochtitlan. Au centre, où s'élèvera le temple Mayor, se trouve l'aigle sur un cactus. De là, partent quatre avenues qui divisent la ville en quatre quartiers.

De l’intérieur vers l’extérieur.

Comme nous l’indiquait Soustelle, quatre avenues s’élancent des quatre faces de la pyramide, franchissant le mur au serpent, irriguant toute la ville, la reliant à la terre ferme, jetant des digues et des ponts-levis par delà la lagune pour se disperser dans les multiples routes tracées par les Aztèques à travers tout le royaume, jusqu’au bout du monde, l’océan ou l’eau céleste. Ces avenues traversent plusieurs limites symboliques de la ville, la première étant le mur aux serpents ou coatepantli. Certains descripteurs la présente comme une muraille encerclant tout le centre cérémoniel, alors que d’autres expliquent que cette enceinte ne devait contenir que la pyramide elle-même, la muraille du centre cérémoniel étant d’un autre ordre. L’existence de cette enceinte ne fait cependant pas de doute, rappelant fortement le coatepantli construit à Tula, dans l’actuel état d’Hidalgo, quelques siècles auparavant (figure 8) . L’intérieur de cette enceinte servait de sas à l’accès du temple, le serpent évoquant l’homme dans son aspect le plus rudimentaire, l’homme terrien.

Les 5 directions, les 5 soleils.

Le disque solaire, musée national d'anthropologie de Mexico. Au centre, le cinquième solaire, reconnaissable à son visage formant le point central du quinconce. Les différents cercles expriment le temps par des calendriers et le parcours des astres.

Les quatre avenues sont orientées selon les quatre points cardinaux, telles les axes du calendrier du codex Florentino. Comme nous l’avons vu, l’action, caractérisée par un moment et un endroit, est présentée simultanément au temps et à l’action (voir II L’univers aztèque, l’espace et le temps). Ces axes expriment ainsi la vie de l’homme sur terre, mobile et mortel.

Les points cardinaux, s’ils expriment les extrémités du monde, indiquent aussi l’origine par leur intersection, matérialisée par le temple. Ces quatre directions sont comme les quatre anciens soleils de la cosmogonie aztèque, avec leurs couleurs, leur dieu, leur signification ; elles tiennent le cinquième soleil présent.

C’est sous cette organisation qu’apparaît le plan de la ville, avec ses quatre avenues et le temple au centre, comme un point central et quatre lignes convergentes. Ce schéma forme une figure récurrente dans le symbolisme aztèque, une figure à cinq éléments, quatre points et un centre. Ces dessins sont fréquemment appelés points en croix ou en quinconce. Ils représentent le plan de la ville, avec au centre le temple et ses quatre divisions créant quatre quartiers ; ils représentent aussi la pyramide en plan, le sommet au centre et les quatre angles inférieurs, comme le calendrier présenté dans le codex Florentino (figure 5) et la pierre du soleil (figure 6) .

Voici comment Laurette Séjourné analyse cette figure :

“ Le hiéroglyphe nahuatl le plus familier est une figure qui, sous d’infinies variantes, comporte toujours quatre points avec un centre. Nous avons vu que le cinq est le chiffre du centre et qu’à son tour celui-ci constitue ainsi que l’a abondamment démontré Edouard Seler, le point de contact du Ciel et de la Terre. Pour plus d’exactitude, le quinconce désigne de surcroît la pierre précieuse qui symbolise le cœur, ce lieu de rencontre des principes opposés. Voilà donc réunies en un signe toutes les caractéristiques du Cinquième Soleil - ce cœur de l’Univers, dévoilées par la mythologie.

Or, il est facile de voir que le quinconce n’est qu’une stylisation du quadrilatère et du triangle, son centre figurant le sommet de la pyramide ramené à une figure plane. Il est donc patent que, de même que les mythes, la symbolique téotihuacaine exprime le concept des quatre éléments primordiaux sauvés par un centre unificateur. Comme le souligne Alfonso Caso, “ ... cette idée fondamentale des quatre points cardinaux et d’une région centrale (bas et haut) qui constitue la cinquième région, à savoir la région centrale, est présente dans toutes les manifestations religieuses du peuple aztèque...”

Modèle de concision, le quinconce est d’une complexité plus riche encore. Il est démontré que la révolution synodique de Vénus - de 584 jours - avait en Amérique Centrale un rôle primordial. Les calculs qui recouvrent les stèles et les codex mayas, par exemple, ont pour but principal d’enregistrer les conjonctions, passées et futures, de la planète et du Soleil sur des laps de temps considérables. En conséquence de ce que le compte des années vénusiennes s’effectuait par groupes de cinq (correspondant à huit années solaires) le cinq est également le chiffre de Vénus et, comme il va de soi, de Quetzalcoatl.

Tout se tient admirablement. Le Cinquième Soleil n’est-il pas en effet celui de l’homme - dieu dont le cœur se convertit en la planète Vénus ? Et n’est-ce pas justement Quetzalcoatl qui inaugura l’Ere du Centre en révélant l’existence d’une force capable de sauver de l’inertie ?

Le visage qui symbolise le cinquiéme soleil, le signe de vénus et des points en quinconces sur des fresques à Teotihuacan.

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ESQUISSE DE LA VILLE DE MEXICO - TENOCHTITLAN

Maldiney “ L’art. L’éclair de l’être ” :

“La perception de la matière se heurte à son impénétrabilité. Si loin qu’on la triture et la divise, ses fragments nous sont aussi impénétrables que la masse. Sa tridimensionnalité nous est opaque autant que la pierre noire de la Mecque. Le mathématicien connaît une tridimensionnalité transparente, mais idéale ou symbolique. Le volumétrique est calculable mais il n’est pas volumique, révélation d’une plénitude. Or l’art nous donne accès à l’épaisseur partout ailleurs cachée, enfouie en soi. Il rend transparent l’opaque. Il met à découvert, d’une manière sensible, 1’unitridimensionnalité de l’espace. Chaque sculpture africaine, dit Carl Einstein, rend sensible son “quotient de profondeur”. La condition en est simple et stricte: il faut que les parties non vues, intérieures à la masse, soient données avec les parties vues, données et non pas déduites ou induites, ou reconstruites symboliquement ou conceptuellement. Il faut qu’elles obtiennent une présence sensible. Comment est-ce possible, alors que nous ne voyons que la surface, comme ce le fut pour qu’existât en plénitude la stèle de Kitylos et Dermis ? Les tensions, les modulations, les changements de courbure - et par-là de lumière - de la surface sont intégrés dans un rythme dont la plénitude intégrale, éprouvée en chacun de ses moments exige, pour être, la mise en œuvre des parties non vues. A même le rythme apparaît la profondeur. La profondeur de quoi ? non de la chose, de la masse de terre ou de bois, ni de l’image d’un être absent mais d’un espace que je n’ ai pas à traverser, qui se traverse en quelque sorte lui-même, c’est-à-dire se transforme, à chaque moment critique, en... lui-même, selon l’auto genèse du rythme dans lequel il est impliqué.

Le quotient de profondeur se double d’un gradient d’ouverture. Le lieu de la sculpture n’est pas la limite d’un espace englobant appliqué à sa surface. Elle habite l’espace qu’elle suscite et qui peut s’étendre jusqu’à l’horizon.

Qu’est-ce alors que la forme?

“ La forme, dit V. von Weizsäcker parlant en biologiste, est le lieu de rencontre d’un organisme et de son “Umwelt” ”, et elle est, au point de vue temporel, “ création du présent à tout moment donné ”, moment qui n’est donné qu’en ce présent lui-même. La forme d’une sculpture est le lieu de rencontre de son quotient de profondeur et de son gradient d’ouverture. “ Dedans ”, “ dehors ” ne sont pas deux régions de l’espace objectif mais deux lieux articulés l’un à l’autre de l’intérieur de chacun, dans un seul espace de jeu qui, ici, n’est pas une faille mais une plénitude rythmique. La forme est l’articulation de cette plénitude.”

Une esquisse.

Les peintures, les plans, les textes de la ville de Mexico-Tenochtitlan ont fait exister dans notre imaginaire un rêve de ce qu’a pu être la ville, la perception de ses formes se limitant à la superficie de ces constructions et aux silhouettes qu’elle découpait sur l’horizon. Mais déjà la ville est nommée, située géographiquement et historiquement.

Une rapide étude de l’origine des Aztèques, de la perception qu’ils avaient du temps et de l’espace commence à éclairer sur la nature de la ville, elle nous informe sur les hommes qui l’ont construite et habitée.

Enfin, en isolant les éléments majeurs, nous avons vu comment leurs orientations, leurs proportions, leurs couleurs se rattachent aux conceptions et aux symboles de l’univers aztèque.

Mais l’objet de cette étude est cette ville unique, intègre et complexe : la ville, ce sont les constructions, les symboles, les habitants, le tout donné de façon simultanée. Mais comment donner à voir la structure de la ville dans toute sa complexité, c’est à dire elle-même appartenant à une structure mère, l’univers aztèque, et contenant une infinité de structures internes ? Il s’agit bien ici d’exprimer sa forme comme l’entend Maldiney, la forme non comme la limite entre l’intérieur et l’extérieur, mais comme l’ensemble contenant à la fois le perceptible et l’exprimé. C’est ce que j’ai tenté de faire en proposant une esquisse de la forme de la ville de Mexico-Tenochtitlan, en réalisant un objet qui offre une apparence différente mais visant à exprimer autrement la même forme.

Cet objet n’est pas une “maquette” (ébauche en réduction d’une œuvre d’architecture, de sculpture…) qui imiterait la ville comme les dessins observés en première partie.

J’ai pensé un temps appeler cet objet un “modèle” dans le sens de schéma théorique visant à rendre compte d’un processus, des relations existant entre divers éléments d’un système, qui s’attacherait plus à rendre la structure interne de la ville en révélant ces symboles et suggérant le monde tel que le voyaient les Aztèques. Mais le modèle appelle une notion de référence absolue, de sacré. Le modèle est comme un dieu, parfait, immuable et irremplaçable. Le modèle est générateur, avec cependant une position particulière en tant qu’origine. Or dans le cas de l’objet que je présente, il n’est pas question d’une expression parfaite et universelle. Au contraire, il s’agit de ma vision propre, j’ai fait cet objet de mes mains, je ne prétends pas démontrer et vérifier, mais m’exprimer à travers, expérimenter ma pensée.

Appeler cette objet “sculpture” me paraissait un peu prétentieux, cet objet étant pour moi plus un outil qu’une fin en soi. Même si j’ai pris soin, avec beaucoup de plaisir et malgré mon modeste niveau de bricoleur, à présenter l’objet de la façon la plus élégante possible, il ne s’agit pas de recherche ayant la beauté comme finalité, autre travail bien différent.

J’ai choisi finalement le mot “esquisse”. Ce terme me satisfait assez pour plusieurs raisons. D’abord par l’idée de flou que suggère l’esquisse. C’est une ébauche, tout est là mais encore opaque, enfoui. Ensuite, l’esquisse est épurée, elle ne tient que par ses éléments fondamentaux, elle révèle l’essentiel sans en donner l’apparence complète. L’esquisse peut être l’origine d’une œuvre plus aboutie, mais à la différence du modèle, elle se suffit, elle existe isolément du reste. Enfin, l’esquisse est souvenir, le croquis d’un paysage observé furtivement, les trois mots retenus d’un long discours, une image recomposée. En c’est exactement cela que je fais en réalisant cet objet, je me fabrique un souvenir de la ville de Mexico-Tenochtitlan, par mon imagination, mes références et mes réflexions.

La sphère opaque.

L’objet est suspendu dans l’espace, il n’est raccordé qu’à un fil à notre univers, sa forme extérieure sphérique représente un univers en soi, un monde dont il ne reste que quelques fragments en mouvement dans notre époque, tels de lointains électrons en orbite autour de la Terre que nous habitons aujourd’hui. Cette sphère opaque contient une idée de ce que pouvait être la ville. La distance dans le temps et l’espace qui nous sépare de cette ville, la connaissance fragmentée et distordue que nous avons des peuples qui l’ont construit et habité, auxquelles s’ajoute l’imprécision de mon geste dans sa réalisation, font que cette image de la ville de Mexico-Tenochtitlan n’est qu’une idée floue, approximative. La sphère qui contient une idée de ville aztèque, exprime la pensée aztèque et son monde. Mais la sphère est opaque, l’objet est quelque peu caché de notre vision comme la compréhension de l’univers aztèque m’est hermétique. On pense et voit la ville aztèque à travers une muraille épaisse de cinq siècles et construite de parpaings empreints d’une logique étrange. L’opacité de la sphère voile à peine notre vision alors que notre perception des ancêtres mexicains est un monde dont le soleil éteint n’est plus éclairé que par les quelques étincelles que nous offrent les textes et les images, anciens ou contemporains, qui la donnent à voir.

Le temple.

Le temple est placé au centre, à l’intersection du diamètre vertical et de la plus grande section horizontale. Le temple indique la surface terrestre, lieu de vie de l’homme et délimite ainsi le ciel et la terre. Il est le centre de gravité de l’esquisse, le temple étant l’élément fondateur de la ville, la représentation du dieu sur Terre et par-là l’expression de la croyance de l’homme. Il est suspendu dans la sphère, la ville étant tenue par toute la pensée aztèque.

Le temple est, dans l’esquisse, l’élément le plus réaliste, dans le sens où son apparence est comparativement proche de l’objet d’origine. Ce réalisme m’a semblé permettre une introduction à l’esquisse, guidant l’observateur sur la piste du monument, du sacré, de la Méso-Amérique. Il présente le sujet du travail et éclaire sur l’interprétation du reste.

L’espace.

Du temple partent quatre lignes de bois noir, blanc, rouge et bleu / vert dont l’orientation et les couleurs expriment à la fois les quatre points cardinaux, les quatre anciens soleils et les quatre avenues principales de la ville, comme nous l’avons vu plus haut.

Le temps.

Entre les quatre directions terrestres, sous les ponts, la spirale d’acier est la lagune, l’eau, élément métallique, liquide comme le mercure, brillant comme le chrome, incompressible comme la fonte, mou comme le fer ; l’eau sacrée est vénérée comme l’or. Cette spirale coule d’une direction à l’autre, traversant treize fois les quatre ponts, décrivant les cinquante-deux ans du calendrier cyclique aztèque.

L’espace horizontal, la terre, est ainsi le lieu du mouvement du corps de l’homme. Pourtant, ce dernier voyage en naissant, et son corps reste inerte avant de pouvoir bouger sur terre. Fils du ciel, fils d’ Ometéotl et d’ Omecíuatl, le dieu double, il descend le long des planètes, jusqu’à se séparer en corps et en esprit. Il ère ainsi, obsédé par la faim et la vieillesse, au mieux torturé par ses pensées. Une fois la mort venue, il espère revivre par le feu, retrouver la fusion de ses deux moitiés contradictoires, comme les planètes dont la matière est insensible à la gravité ; à moins qu’enterré, il franchisse les étapes douloureuses des infra - mondes pour disparaître au lieu obscur d’où l’on ne revient pas, où son corps disséqué n’est plus que de la matière brute, dont la seule issue est le retour à la vie terrienne.

CONCLUSION

Ce travail sur la ville de Mexico-Tenochtitlan fut l’occasion pour moi, en plus d’un voyage à travers le temps et les cultures, d’une expérience qui touche au plus profond de l’architecture, à savoir la forme de la ville dans toute sa complexité.

La question de la nature de la forme s’est d’abord révélée. Comment un objet existe-t-il en temps que tel, isolément, et comment existe-t-il en même temps comme éléments de structures complexes. Grâce à Maldiney, j’ai pu commencer à percevoir la forme comme un ensemble unificateur plutôt qu’une limite superficielle, regroupant l’intérieur et l’extérieur de l’objet, révélant sa dimension riche et poétique, dépassant sa simple apparence volumétrique.

D’un point de vue plus proche de la discipline architecturale, ce travail m’a questionné sur la relation qu’entretient le bâti avec son lieu. Bâtir comme l’ont fait les Aztèques ce n’est pas simplement construire. C’est refaire à chaque fois l’histoire, réinterpréter la mythologie, retrouver ses origines, donner un centre et une direction à l’espace, matérialiser le temps et se vêtir d’une carapace protectrice ; en un mot : habiter.

Cette étude particulière m’a permis d’expérimenter une démarche plus globale, qui construit des règles qui me sont propres, qui restitue ma position d’apprenti architecte par rapport au lieu, à l’héritage du passé et dans perpétuation possible de ce faire, du bâtir.

J’avoue de nombreuses lacunes dans mes recherches, me sentant plusieurs fois dépassé par la complexité du sujet et doutant de la réalisation de mes objectifs. Mais ce travail n’a pas la prétention de démontrer quoi que ce soit, son seul intérêt réside justement dans le doute, moteur de la réflexion, et dans le plaisir que j’ai eu à le concrétiser, modeste satisfaction du travail fait.

Je terminerai ce document sur des peintures d'un peintre, la Portugaise Vieira da Silva. Dans certaines de ses peintures, il m'a semblé reconnaître des images de villes antiques américaines, comme Teotihuacan ou Tenochtitlan. Ces œuvres ne représentent pourtant pas des villes, ni autre chose d'ailleurs. Ce sont des peintures abstraites, nées d'une expression personnelle, que chacun doit " refaire " pour s'en faire une image. La ressemblance de ces peintures avec des plans de villes connues m'a surpris, et j'ai voulu les présenter ici. Je n'ai pas pu pousser ces observations assez pour imaginer dans quelle mesure elles seraient utiles dans la connaissance de la forme des villes reconnues.

Vieira da Silva Mémoire, 1966/67

Vieira da Silva autre site

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LOS AZTECAS

LOS AZTECAS

¡Tenochtitlán!

Los aztecas vivieron muchos años luchando en los alrededores del Valle de México. Cuando estaban en Iztapalapa un pájaro gorjeó ¡Tihuí! ¡Tihui! Que quiere decir ¡vamos! ¡vamos! Un día un grupo de cazadores abrió unos carrizos y contempló un águila sobre un nopal devorando una serpiente. Era la señal de huitzilopochtli. Era el año 1325 y resolvieron levantar allí Tenochtitlán o sea la ciudad de TENOCH.

Fundación del reino

Tezozómoc, monarca de Azcapotzalco, dominaba el Valle de México. A él le pertenecía el islote donde los aztecas encontraron la señal de Huitzilopochtli. Le pidieron permiso para fundar su ciudad y Tezozómoc se los concedió a cambio de que le pagaran tributo. Dividieron el islote en cuatro barrios o calpullis. TENOCH muere en 1375 y Acamapichtli, fue elegido su sucesor. Huitzilíhuitl, hijo de Acamapichtli se casa con una hija de Tezozómoc y sucede a su padre en 1396.

Federación del valle

Chimalpopoca, hijo de Acamapichtli, subió al trono en 1417. Logró que Tezozómoc respetará la vida de Netzahualcóyotl. Conspiro con Netzahualcóyotl contra Maxtla sucesor de Tezozómoc, fue hecho prisionero y murió en la cárcel en 1427. Yzcóatl, hermanos de Chimalpopoca, se unió con Netzahualcóyotl y entre los aztecas y los texcocanos acabaron con Maxtla y su reino de Azcapotzalco. Después se aliaron Tenochtitlán y Texcoco con Tlacopan formando la Federación del Valle. La hegemonía, o sea la mayor influencia, dentro de la Federación la tuvo Tenochtitlán.

Moctezuma Ilhuicamina

A Izcóatl lo sucedió Moctezuma Ilhuicamina cuyo nombre significa fechador del cielo. Este se había distinguido en la guerra contra Azcapotzalco. Fue un gran conquistador y gobernante. Llegó con sus armas hasta Oaxaca. Construyó un dique para contener al lago de Texcoco y el acueducto que llevaba al agua desde Chapultepec. Para que no le faltaran víctimas a Huitzilopochtli concertó con los cholultecas, tlaxcaltecas y huejotzingas la guerra florida para hacer prisioneros y sacrificarlos a sus dioses.

Imperio azteca

Moctezuma Ilhuicamina creo el imperio azteca. Axayácatl sometió a Tlaltelolco, a los matlazincas, a los totonacas y llegó hasta Tehuantepec. Fracasó ante los tarascos. Tizoc reino cinco años y ganó tierras en los actuales estados de Puebla, Veracruz y Guerrero. Ahuizotl llegó hasta Chiapas y Guatemala. El imperio de Moctezuma Xocoyotzin se extendía desde el Anáhuac y las tierras del Pánuco, hasta América Central. México ejercía la hegemonía en la Federación del Valle. Hegemonía es la superioridad de un pueblo entre sus aliados.

Clases sociales y cultura

El pueblo ofreció a Izcóatl que si lo libraba de la opresión de Azcapotzalco, trabajaría para el rey, los sacerdotes y los guerreros, y éstos se convirtieron en clases privilegiadas que vivían sin trabajar. Alcanzaron notable cultura. No eran creadores, sino que asimilaban y cultivaban los progresos obtenidos por otros pueblos. Los reyes de Tenochtitlán consideraban más sabios a sus colegas de Texcoco y los consultaban en sus problemas, especialmente a Netzahualcóyotl y a su hijo Nezahualpilli, los hombres más sabios del México precortesiano.

Alimentación y vestido

La base de la alimentación era el maíz, el fríjol y en Chile. El maíz se comía crudo, tostado, cocido y molido. Los señores comían carne de venado, guajolote, conejo, perdiz, pescado, chocolate y frutas. Los pobres atrapaban iguanas, comían raíces y cierto barro alimenticio del lago. Los ricos usaban tejidos de algodón ricamente adornados, las cuales clases medias vestidos de algodón sencillos, y los pobres, toscas prendas de fibras de maguey y palma. El calzado consistía en zapatos, sandalias y huaraches. La mayor parte iban descalzos.

Habitación, muebles y utensilios

La población vivía en chozas y jacales de carrizo o ramajes, sin muebles. Las familias de clase media habitaban en casas de adobe y tierras menudas. Las clases superiores residían en palacios de piedra amueblados. No faltaba en ninguna casa un metate, un comal, jarros para el agua y jícaras para beber.

El trabajo

La agricultura era el principal trabajo. Era penosa y poco productiva porque no había animales de labor, ni fertilizantes, no se conocía el hierro y los instrumentos de labranza eran muy primitivos. Los principales eran el cóatl, especie de azadón, y el huitli, especie de pala. La minería y la fabricación de tejidos eran realizados con máquinas muy simples. Los tamemes eran hombres destinados al transporte de carga. No había caballos ni carros.

Los cultivos

Los básicos eran el maíz, el fríjol, el chile y el maguey, en las tierras del centro, y el algodón y el cacao en las tierras calientes y húmedas. Se cultivaban diversas especies de árboles frutales, hortalizas y legumbres. La propiedad de la tierra fue en un principio comunal, pero desde la caída de Azcapotzalco aumentó la propiedad privada de los ricos y los dominios del rey y los sacerdotes. Los pobres siguieron trabajando comunalmente las tierras que les quedaron.

Industrias y oficios

Los tejidos eran de algodón, ágave, maguey y pelo de conejo. En la construcción se empleaban ramas, adobes, piedras, tepetate y cal. La obsidiana se usaba para fabricar cuchillos, puntas de fechas, espejos, etcétera. Con cobre se hacían armas y utensilios. Los oficios eran múltiples, había carpinteros, pintores, tintoreros, armeros, tejedores, zapateros, joyeros, bordadores, alfareros, escultores y otros artesanos que vendían sus productos directamente o en los mercados.

El comercio

Llegó a ser importantísimo. Los comerciantes prestaban servicios de información a los empleadores y estaban muy protegidos por éstos. Formaban caravanas con los tamemes y empleados. El trueque era intenso. Se había iniciado la compraventa con dinero. Desempeñaban el papel de moneda, el polvo de oro y los granos de cacao. En las ciudades había mercados permanentes y temporales. El mercado de Tlaltelolco dejó maravillados a los españoles.

Artes mayores

En arquitectura, los aztecas reprodujeron los modelos toltecas. El Templo Mayor de México, de forma piramidal, tenía los escalones más pronunciados que las pirámides toltecas y lo coronaba un templete con dos cámaras, una para los sacrificios y otra para guardar las reliquias. La escultura alcanzo notable desarrollo. Destacan las estatuas de Xochipilli y Coatlicue. Lograron maravillas en los dibujos en relieve sobre piedra como el Monumento de Tizoc y el Calendario Azteca. La pintura se aplicaba al adorno de monumentos y a la cerámica.

Otras artes

La cerámica era muy variada y en calidades, formas y adornos. Ostentaba dibujos de pájaros, flores y otras figuras. La corte imperial favorecía las artes del vestido y el adorno. La literatura fue cultivada. Conocían su historia. Componían cantares e himnos que llegaron a nosotros gracias a que los cronistas y misioneros los tomaron de viva voz, de los ancianos indígenas. La música y el baile eran muy practicados.

Organización social

Estaban organizados en tribus y clanes. Tenochtitlán tenía 20 barrios habitados a la uno por una tribu. La palabra calpulli designaba a la vez a la tribu y el barrio que ocupaba. Lo dirigía un calpullec el cual repartía tierras, cobraba contribuciones y administraba justicia. Sacerdotes, funcionarios y calpullecs formaban el tlatocan o gran consejo, presidido por el cihuacóatl. El tlacatecuhtli era el jefe guerrero y a partir de Acamapichtli se convirtió en rey. La monarquía de Texcoco era hereditaria. La de México electiva, entre los descendientes de los antiguos reyes.

La justicia

Los aztecas se regían por leyes que conservaban como costumbres o en documentos pintados. En cada calpulli administraba justicia el calpullec. Había un tribunal de tres jueces llamado tlacatecatl. Su sentencias se podían reclamar ante el cihuacóatl, y las de éste, ante el tlacatecuhtli. Había leyes para regular los tratos entre personas, las obligaciones de los comerciantes y las relaciones con otros pueblos. Las más importantes fueron las leyes penales que eran en extremo rigurosas.

La guerra

Era la actividad principal. La hacían constantemente y en parte vivían de ella. Si no había enemigos declarados recurrían a la guerra florida. Los guerreros usaban macanas, hachas de piedra, clavas, lanzas y arcos, y se protegían con escudos, petos y casacas de pieles. La salida del ejército era solemne y la precedían sacrificios a Huitzilopochtli. Frente al enemigo los guerreros prorrumpían en gritos, silbidos y toda clase de ruidos. Eran defendidos especialmente el estandarte y el general, pues la pérdida del primero o la muerte del segundo significaban la derrota.

La religión

Era politeísta. Tenían supersticiones terroríficas, crueles y sanguinarias. El dios principal era Huitzilopochtli, Dios de la guerra al que se ofrendaban corazones de prisioneros. Eran adoradores de Tezcatlipoca, Dios del fuego; Tonatiuh, el sol, Quetzalcóatl, el viento; Ometecutli y Omecihuatl, padre de los dioses y de los hombres. Había muchos sacerdotes y hechiceros. A los grandes hechiceros los deificaban cuando morían.

La educación

El padre enseñaba a sus hijos la religión, las costumbres y su propio oficio. Los educaba en la obediencia y en el sufrimiento. A las niñas sus madres les enseñaban las tareas domésticas. A los quince años, los jóvenes entraban a escuelas que preparaban a guerreros y sacerdotes. Al calmecas sólo entraban los nobles. Al telpochcalli los jóvenes de la clase media. Los alumnos eran internos y llevaban una vida muy rigurosa.

La ciencia

Conocían muchas plantas medicinales. Observaban el movimiento de los astros. Tenían su año civil o tonalpohualli, su año religioso o tonalámatl y su ciclo combinado de 52 años civiles y 73 religiosos. Grabaron su calendario en la Piedra del Sol. El sistema de numeración era primitivo. El número uno era el dedo meñique, el dos el anular, el tres el mayor, el 4 el índice, y cinco toda la mano; el 10 las dos manos y el 20, las manos y los pies. Representaban los números por medio de puntos, rayas y banderitas.

La historia

La recogían en códices, estelas y grabados sobre los muros de sus monumentos. Los códices son hojas de papel o de tela escrita con caracteres jeroglíficos. Las estelas son piedras planas en las que pintaban o grababan la historia. Se conservan códices importantes, aztecas y mayas, que no se han podido descifrar. Se han interpretado algunos pasajes, pero no se pueden comprobar dichas interpretaciones. Algo de lo que dicen lo sabemos por los cronistas que alcanzaron a ser instruidos por ancianos indígenas.

Música, danza y juegos

Practicaban la danza con carácter religioso. Bailaban ante sus dioses y las diferentes danzas tenían carácter simbólico. La música era sencilla. Los instrumentos musicales usados eran el timbal (teponaztli), la sonaja (ayacahtli), el caracol (atecocolli), la flauta (tlapizalli), y el tambor (huéhuetl) Practicaban el juego del volador, y el patolli, juegos de azar. El juego de pelota era muy difícil, pues había que darle a la pelota con las muñecas, las rodillas y los muslos.

México antiguo no constituyó una nación

Nunca llegaron a formar una nación, con un gobierno y unas mismas leyes. Había pueblos aliados, enemigos e independientes pero todos eran autónomos, conservaban su gobierno, su religión y sus tradiciones propias. Los antiguos mexicanos no sabían nada del resto de América. Carecían de grandes elementos de cultura; no conocían los animales de trabajo y carga, desconocían el ganado y multitud de plantas alimenticias; no conocían el hierro; desconocían la rueda; su religión y su vida espiritual fueron únicas.

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Hechos de los Apóstoles en América,

José María Iraburu

Grandeza y miseria de los aztecas

El imperio azteca La ciudad grandiosa Religiosidad y altura moral Las grandes cualidades de los indios Dominadores de muchos pueblos El lado siniestro de un mundo pagano Huitzilopochtli Los sacrificios humanos «Lágrimas y horror y espanto» La poligamia El enigma de los contrastes inconciliables

El imperio azteca

En el inmenso territorio que llamamos México, y que hoy concebimos como una unidad nacional, coexistieron muchos pueblos diversos: al sur mayas, zapotecas, al este olmecas, totonacas, toltecas, al centro tlaxcaltecas, tarascos, otomíes, chichimecas, al norte pimas, tarahumaras, y tantos más, ajenos unos a otros, y casi siempre enemigos entre sí. Entre todos ellos habían de distinguirse muy especialmente los aztecas, que procedentes del norte, fueron descendiendo hacia los grandes lagos mexicanos, hacia la región de Anáhuac. Conducidos por su dios Huitzilopochtli -para los españoles, Huichilobos-, dios guerrero y terrible, llegaron en 1168 al valle de México (término que procede de Mexitli, nombre con el que también se llamaba Huitzilopochtli), y establecieron en Tenochtitlán su capital.

De este modo, el pueblo azteca, convencido de haber sido elegido por los dioses para una misión grandiosa, fue desplazando a otros pueblos, y ya para 1400 toda la tierra vecina del lago estaba en sus manos. En 1500, poco antes de la llegada de los españoles, el imperio azteca reunía 38 señoríos, y se sustentaba en la triple alianza de México (Tenochtitlán), Tezcoco y Tacuba (Tlacopan).

El pueblo azteca llevó a síntesis lo mejor de las culturas creadas por otros pueblos, como los teotihuacanos y los toltecas. Organizado en clanes, bajo un emperador poderoso y varios señores, fue desarrollándose con gran prosperidad. En astronomía alcanzó notables conocimientos, elaboró un calendario de gran exactitud, y logró un sistema pictográfico e ideográfico de escritura que, con el de los mayas, fue el único de la América prehispánica.

Por otra parte, los aztecas, aunque no conocían la rueda ni tenían animales de tracción, construyeron con gran destreza caminos y puentes, casas, acueductos y grandiosos templos piramidales. Ignoraban la moneda, pero dispusieron con mucho orden enormes mercados o tianguis. Tampoco conocían el arado -pinchaban la tierra con una especie de lanza-, pero hicieron buenos cultivos, aunque reducidos, ingeniándose también para cultivar en chinampas o islas artificiales.

En cuando a las artes diversas, los pueblos indígenas de México alcanzaron un alto nivel de perfección técnica y estética.

Así, en 1519, antes de la conquista, los objetos que Hernán Cortés envió a Carlos I -una serie de objetos indios de oro, plata, piedras preciosas, plumería, etc., que había recibido de los mayas, de los totonacas y de los obsequios aztecas de Moctezuma-, causaron en Europa verdadera impresión. Alberto Durero, que pudo verlos en Flandes en la corte del emperador, escribió en su Diario: «A lo largo de mi vida, nada he visto que regocije tanto mi corazón como estas cosas. Entre ellas he encontrado objetos maravillosamente artísticos... Me siento incapaz de expresar mis sentimientos» (+J.L. Martínez, Cortés 187).

La ciudad grandiosa

La capital del imperio azteca era Tenochtitlán, construída en una laguna, y consagrada en 1325 con la dedicación, en su mismo centro, de un grandioso templo piramidal o teocali (de teotl, dios, y cali, casa).

Cuando en noviembre de 1519 los españoles avistaron por primera vez aquella ciudad formidable, una de las mayores del mundo en aquella época, quedaron realmente asombrados... «Desde que vimos cosas tan admirables -cuenta el soldado Bernal Díaz del Castillo-, no sabíamos qué decir, o si era verdad lo que por delante parecía, que por una parte en tierra había grandes ciudades, y en la laguna otras muchas... y por delante estaba la gran ciudad de México; y nosotros aún no llegábamos a cuatrocientos soldados» (cp.88)...

Cuatro días más tarde, ya entrados en la ciudad, Cortés y los suyos, a caballo los que lo tenían, y acompañados de caciques aztecas, salieron a visitar aquella gran ciudad formidable. Lo primero que visitaron fue el tianguis, el inmenso mercado de la plaza de Tlatelolco: mantas multicolores y joyas preciosas, animales y esclavos, alimentos y bebidas, plantas y pájaros, allí había de todo, distribuido con un orden perfecto.

«Solamente el rumor y zumbido de las voces y palabras que allí había -cuenta Bernal- sonaba más que de una legua, y entre nosotros hubo soldados que habían estado en muchas partes del mundo, y en Constantinopla, y en toda Italia y Roma, y dijeron que plaza tan bien compasada y con tanto concierto y tamaña y llena de tanta gente no la habían visto». Y junto a esto, «veíamos en aquella gran laguna tanta multitud de canoas, unas que venían con bastimentos y otras que volvían con cargas y mercaderías;... y veíamos en aquellas ciudades cúes y adoratorios a manera de torres y fortalezas pirámides truncadas, y todas blanqueando, que era cosa de admiración, y las casas de azoteas» (cp.92).

Otro soldado, Alonso de Aguilar, al visitar también aquella gran ciudad aún no conquistada, confiesa que «ponía espanto ver tanta multitud de gentes», y escribe: «Tendría aquella ciudad pasadas de cien mil casas, y cada una casa era puesta y hecha encima del agua en unas estacadas de palos, y de casa a casa había una viga y no más por donde se mandaba, por manera que cada casa era una fortaleza» (Relación, 5ª jornada).

Año y medio más tarde, el 13 de agosto de 1521, el poder azteca que tenía su centro en aquella gran ciudad de Tenochtitlán, se vendría abajo para siempre, dando lugar a la Nueva España.

Religiosidad y altura moral

Cuando los españoles entraron en México, fueron descubriendo pueblos profundamente religiosos, en los que la religiosidad era propiamente la forma fundamental de la existencia individual y familiar, social y política. Tenían, aunque politeístas, alguna idea de un Dios superior, creador de todo, inmortal e invisible, sin principio ni fin (Hunab Ku, para los mayas, Pije Tao para los zapotecas...) También tenían cierta noticia de una retribución final tras la muerte, y practicaban, concretamente los mayas y aztecas, una ascética religiosa severa, con oraciones, ayunos y rigurosas mortificaciones sangrientas.

Las oraciones aztecas que nos han llegado son realmente maravillosas en la profundidad de su sentimiento y en la pureza de su idea: «¡Oh valeroso señor nuestro, debajo de cuyas alas nos amparamos y defendemos y hallamos abrigo! ¡Tú eres invisible y no palpable,bien así como la noche y el aire! ¡Oh, que yo, bajo y de poco valor, me atrevo a parecer delante de vuestra majestad!... Pues ¿qué es ahora, señor nuestro, piadoso, invisible, impalpable, a cuya voluntad obedecen todas las cosas, de cuya disposición pende el regimiento de todo el orbe, a quien todo está sujeto, qué es lo que habéis determinado en vuestro divino pecho?» (Sahagún VI,1)...

Con algunas excepciones, casi todos esos pueblos, mayas, aztecas, totonacas, obsesionados por el misterio del devenir y de la muerte, practicaban sacrificios humanos, de enigmática significación. Coincidiendo con otros autores, Christian Duverger, al estudiar la economía del sacrificio azteca, ve en éste un intento de sostener y dinamizar los ciclos vitales, ya que «la muerte libera un excedente de energía vital»... Y precisamente en el sacrificio ritual, la artificialidad de la muerte provocada es lo que hace posible orientar hacia los dioses esa energía, logrando así que se «transmute la fuga de fuerzas en brote de potencia» (La flor letal 112s). De este modo la sangre humana ofrecida a los dioses, vitaliza las fuentes de toda energía, y alimenta las reservas de fuerza que el sol simboliza, concentra e irradia.

La educación azteca era también profundamente religiosa. Junto a ciertos conocimientos manuales, guerreros, musicales o astrológicos, o de higiene, cortesía y oratoria, se iniciaba a los muchachos, entre los 10 y los 20 años, en la oración, en el servicio a los ídolos, en la castidad, con muy severas prácticas penitenciales. Y la ascesis era tanto más dura cuanto más alta era la condición social de los muchachos. En la alta sociedad, por ejemplo, la embriaguez podía ser castigada con la muerte. Ya aludimos más arriba (21) al cuadro realmente impresionante que traza Bernardino de Sahagún cuando describe la antigua pedagogía religiosa de los indios de la Nueva España (Historia Gral. lib.VI).

Concretamente, a quienes por su cuna estaban destinados a ocupar lugares de autoridad se les educaba desde niños en el autodominio y la más profunda humildad religiosa: «Mira que no sea fingida tu humildad, mira que nuestro señor dios ve los corazones y ve todas las cosas secretas, por muy escondidas que estén; mira que sea pura tu humildad y sin mezcla alguna de soberbia» (lib.VI, 20)... Entre los aztecas, como observa Jacques Soustelle, «el ideal de la clase superior es una gravitas completamente romana en la vida privada, en las palabras, en la actitud, junto con una cortesía exquisita» (La vida 222).

Es interesante observar, por otra parte, que estas grandes culturas, al mismo tiempo que sufrieron muy graves desviaciones de la vida sexual, a su modo apreciaron mucho la castidad, y supieron inculcarla eficazmente. En este sentido, la llegada de los españoles pudo ocasionar cierta relajación, al menos en determinados aspectos. Así, por ejemplo, refiere Diego de Landa que las mujeres mayas del Yucatán «preciábanse de buenas y tenían razón, porque antes que conociesen nuestra nación, según los viejos ahora lloran, lo eran a maravilla» (Relación cp.5).

Las grandes cualidades de los indios

Las cualidades de los indios mexicanos impresionaron a los primeros españoles quizá aún más que sus vicios y horribles supersticiones. Un franciscano, por ejemplo, de la primera evangelización, Motolinía, habla muchas veces de los indios de México con verdadero entusiasmo. En su Historia de los indios de la Nueva España, aunque se refiere generalmente a indios recién cristianos -la termina en 1541-, refleja también en buena parte lo que aquellos indios ya eran antes del Evangelio:

«Estos indios casi no tienen estorbo que les impida para ganar el cielo, de los muchos que los españoles tenemos, porque su vida se contenta con muy poco, y tan poco que apenas tienen con qué se vestir y alimentar. Su comida es paupérrima, y lo mismo es el vestido. Para dormir, la mayor parte de ellos aún no alcanzan una estera sana. No se desvelan en adquirir ni guardar riquezas, ni se matan por alcanzar estados ni dignidades. Con su pobre manta se acuestan, y en despertando están aparejados para servir a Dios, y si se quieren disciplinar para hacer penitencia, no tienen estorbo ni embarazo de vestirse y desnudarse. Son pacientes, sufridos sobre manera, mansos como ovejas. Nunca me acuerdo haberlos visto guardar injuria; humildes, a todos obedientes, ya de necesidad, ya de voluntad, no saben sino servir y trabajar. Todos saben labrar una pared y hacer una casa, torcer un cordel, y todos los oficios que no requieren mucha arte. Es mucha la paciencia y sufrimiento que en las enfermedades tienen. Sus colchones es la dura tierra, sin ropa ninguna; cuando mucho tienen una estera rota, y por cabecera una piedra o un pedazo de madero, y muchos ninguna cabecera, sino la tierra desnuda. Sus casas son muy pequeñas, algunas cubiertas de un solo terrado muy bajo, algunas de paja, otras como la celda de aquel santo abad Hilarión, que más parecen sepultura que no casa».

«Están estos indios y moran en sus casillas, padres y hijos y nietos; comen y beben sin mucho ruido ni voces. Sin rencillas ni enemistades pasan su tiempo y vida, y salen a buscar el mantenimiento a la vida humana necesario, y no más. Si a alguno le duele la cabeza o cae enfermo, si algún médico entre ellos fácilmente se puede haber, sin mucho ruido ni costa, vanlo a ver, y si no, más paciencia tienen que Job...»

«Si alguna de estas indias está de parto, tienen muy cerca la partera, porque todas lo son. Y si es primeriza va a la primera vecina o parienta que le ayude, y esperando con paciencia a que la naturaleza obre, paren con menos trabajo y dolor que las nuestras españolas... El primer beneficio que a sus hijos hace es lavarlos luego con agua fría, sin temor que les haga daño. Y con esto vemos y conocemos que muchos de éstos así criados desnudos, viven buenos y sanos, y bien dispuestos, recios, fuertes, alegres, ligeros y hábiles para cuanto de ellos quieren hacer; y lo que más hace al caso es, que ya que han venido en conocimiento de Dios, tienen pocos impedimentos para seguir y guardar la vida y ley de Jesucristo». Y añade: «Cuando yo considero los enredos y embarazos de los españoles, querría tener gracia para me compadecer de ellos, y mucho más y primero de mí» (I,14, 148-151).

El Señor, «que enseña al hombre la ciencia, ese mismo proveyó y dio a estos Indios naturales grande ingenio y habilidad para aprender todas las ciencias, artes y oficios que les han enseñado, porque con todos han salido en tan breve tiempo, que en viendo los oficios que en Castilla están muchos años en los aprender, acá en sólo mirarlos y verlos hacer, han muchos quedado maestros. Tienen el entendimiento vivo, recogido y sosegado, no orgulloso ni derramado como otras naciones... Aprendieron a leer brevemente así en romance como en latín... Escribir se enseñaron en breve tiempo, y si el maestro les muda otra forma de escribir, luego ellos también mudan la letra y la hacen de la forma que les da su maestro». Todas las ciencias, artes y oficios -la música y el canto, la gramática y la pintura, la orfebrería, la imaginería o la construcción-, todas las aprendían de tal modo que con frecuencia superaban en poco tiempo a los maestros españoles (III,12-13, 398-411).

Dominadores de muchos pueblos

El mesianismo azteca tenía sus fundamentos en el gremio sacerdotal y en una formidable casta de guerreros. De este modo la potencia del pueblo azteca fue sujetando poco a poco bajo su dominio a muchos pueblos y señoríos. Los embajadores aztecas, con grandiosa pompa y acompañamiento, visitaban estos pueblos y les invitaban a ser súbditos. La embajada de Tenochtitlán era la primera. Si no bastaba, seguía la de Texcoco, y si tampoco ésta conseguía el objetivo, a la embajada de Tlacopan correspondía el ultimatum, la última advertencia. Una vez sujetada la ciudad o provincia por la razón o la fuerza guerrera, se procedía a las ceremoniosas negociaciones, en las que se fijaban los tributos (Soustelle 203-213). Los pueblos sujetos conservaban normalmente sus propios señores y leyes, sus idiomas, costumbres y dioses, aunque habían de reconocer también al dios nacional azteca.

Por otra parte, como hace notar Alvear Acevedo, hay que tener en cuenta que «la guerra, la conquista y el sometimiento de otros pueblos, tenían motivos económicos y políticos, pero también razones religiosas de búsqueda de prisioneros para su inmolación» (87). En todo caso, a principios del siglo XVI, el emperador Moctezuma, el gran tlatoani (de tlatoa, el que habla), recibía tributo de 371 pueblos. Cada semestre, pasaban los recaudadores o calpixques a recoger los impuestos que en especies y cuantías estaban perfectamente determinados. Así era el gran imperio azteca, y el náhuatl era su lengua.

Esta ambiciosa política guerrera de los aztecas trajo una muy precaria paz imperial entre los pueblos, pues, como señala Motolinía, «todos andaban siempre envueltos en guerra unos contra otros, antes que los Españoles viniesen. Y era costumbre general en todos los pueblos y provincias, que al fin de los términos de cada parte dejaban un gran pedazo yermo y hecho campo, sin labrarlo, para las guerras. Y si por caso alguna vez se sembraba, que era muy raras veces, los que lo sembraban nunca lo gozaban, porque los contrarios sus enemigos se lo talaban y destruían» (III,18, 450).

El lado siniestro de un mundo pagano

Según narra Bernal Díez del Castillo, los soldados españoles, primero en Campeche, en 1517, al oeste del Yucatán, y pronto a medida que avanzaban en sus incursiones, fueron conociendo el espanto de los templos de los indios, donde se sacrificaban hombres, y el horror de los sacerdotes, papas, «los cabellos muy grandes, llenos de sangre revuelta con ellos, que no se pueden desparcir ni aun peinar»... Allí vieron «unas casas muy grandes, que eran adoratorios de sus ídolos y bien labradas de cal y canto, y tenían figurado en unas paredes muchos bultos imágenes de serpientes y culebras grandes, y otras pinturas de ídolos de malas figuras, y alrededor de uno como altar, lleno de gotas de sangre» (cp.3). En una isleta «hallamos dos casas bien labradas, y en cada casa unas gradas, por donde subían a unos como altares, y en aquellos altares tenían unos ídolos de malas figuras, que eran sus dioses. Y allí hallamos sacrificados de aquella noche cinco indios, y estaban abiertos por los pechos y cortados los brazos y los muslos, y las paredes de las casas llenas de sangre» (cp.13). Lo mismo vieron no mucho después en la isla que llamaron San Juan de Ulúa (cp.14). Eran escenas espantosas, que una y otra vez aquellos soldados veían como testigos asombrados.

Avanzando ya hacia Tenochtitlán, la capital azteca, hizo Pedro de Alvarado una expedición de reconocimiento, con doscientos hombres, por la región de Culúa, sujeta a los aztecas. Y «llegado a los pueblos, todos estaban despoblados de aquel mismo día, y halló sacrificados en unos cúes templos hombres y muchachos, y las paredes y altares de sus ídolos con sangre, y los corazones presentados a los ídolos; y también hallaron los cuchillazos de pedernal con que los abrían por los pechos para sacarles los corazones. Dijo Pedro de Alvarado que habían hallado en todos los más de aquellos cuerpos muertos sin brazos y piernas, y que dijeron otros indios que los habían llevado para comer, de lo cual nuestros soldados se admiraron mucho de tan grandes crueldades. Y dejemos de hablar de tanto sacrificio, pues desde allí adelante en cada pueblo no hallábamos otra cosa» (cp.44).

Huitzilopochtli

Pero el espanto mayor iban a tenerlo en Tenochtitlán, en el corazón mismo del imperio azteca. Aquel imperio formidable, construído sobre el mesianismo religioso azteca, tenía, como hemos visto, un centro espiritual indudable: el gran teocali de Tenochtitlán, desde el cual imperaba Huitzilopochtli. Este ídolo temible, que al principio había recibido culto en una modesta cabaña, y posteriormente en templos más dignos, finalmente en 1487, cinco años antes del descubrimiento de América, fue entronizado solemnemente en el teocali máximo del imperio.

Durante cuatro años, millares de esclavos indios lo habían edificado, mientras el emperador Ahuitzotl guerreaba contra varios pueblos, para reunir prisioneros destinados al sacrificio. La pirámide truncada, de una altura de más de 70 metros, sostenía en la terraza dos templetes, en uno de los cuales presidía el terrible Huitzilopochtli, y en el otro Tezcalipoca. Ciento catorce empinados escalones conducía a la cima por la fachada principal labrada de la pirámide. En torno al templo, muchos otros palacios y templos, el juego de pelota y los mercados, formaban una inmensa plaza. En lo alto del teocali, frente al altar de cada ídolo, había una piedra redonda o téchcatl, dispuesta para los sacrificios humanos.

A la multitud de dioses y templos mexicanos correspondía una cantidad innumerable de sacerdotes. Sólamente en este templo mayor había unos 5.000, y según dice Trueba, «no había menos de un millón en todo el imperio» (Huichilobos 33). Entre estos sacerdotes existían jerarquías y grados diversos, y todos ellos se tiznaban diariamente de hollín, vestían mantas largas, se dejaban crecer los cabellos indefinidamente, los trenzaban y los untaban con tinta y sangre. Su aspecto era tan espantoso como impresionante.

Los sacrificios humanos

Los aztecas vivían regidos continuamente por un Calendario religioso de 18 meses, compuesto cada uno de 20 días, y muchas de las celebraciones litúrgicas incluían sacrificios humanos. Otros acontecimientos, como la inauguración de templos, también exigían ser santificados con sangre humana. Por ejemplo, en tiempos de Axayáctl (1469-1482), cuando se inauguró el Calendario Azteca, esa enorme y preciosa piedra de 25 toneladas que es hoy admiración de los turistas, se sacrificaron 700 víctimas (Alvear 92). Y poco después Ahítzotl, para inaugurar su reinado, en 1487, consagró el gran teocali de Tenochtitlán. En catorce templos y durante cuatro días, ante los señores de Tezcoco y Tlacopan, que habían sido invitados a la solemne ceremonia, se sacrificaron innumerables prisioneros, hombres, mujeres y niños, quizá 20.000, según el Códice Telleriano, aunque debieron ser muchos más, según otros autores, y como se afirma en la crónica del noble mestizo Alva Ixtlilxochitl:

«Fueron ochenta mil cuatrocientos hombres en este modo: de la nación tzapoteca 16.000, de los tlapanecas 24.000, de los huexotzincas y atlixcas otros 16.000, de los de Tizauhcóac 24.4000, que vienen a montar el número referido, todos los cuales fueron sacrificados ante este estatuario del demonio Huitzilipochtli, y las cabezas fueron encajadas en unos huecos que de intento se hicieron en las paredes del templo mayor, sin contar otros cautivos de otras guerras de menos cuantía que después en el discurso del año fueron sacrificados, que vinieron a ser más de 100.000 hombres; y así los autores que exceden en el número, se entiende con los que después se sacrificaron» (cp.60).

Treinta años después, cuando llegaron los soldados españoles a la aún no conquistada Tenechtitlan, pudieron ver con indecible espanto cómo un grupo de compañeros apresados en combate eran sacrificados al modo ritual. Bernal Díaz del Castillo, sin poder reprimir un temblor retrospectivo, hace de aquellos sacrificios humanos una descripción alucinante (cp.102). Pocos años después, el franciscano Motolinía los describe así:

«Tenían una piedra larga, la mitad hincada en tierra, en lo alto encima de las gradas, delante del altar de los ídolos. En esta piedra tendían a los desventurados de espaldas para los sacrificar, y el pecho muy tenso, porque los tenían atados los pies y las manos, y el principal sacerdote de los ídolos o su lugarteniente, que eran los que más ordinariamente sacrificaban, y si algunas veces había tantos que sacrificar que éstos se cansasen, entraban otros que estaban ya diestros en el sacrificio, y de presto con una piedra de pedernal, hecho un navajón como hierro de lanza, con aquel cruel navajón, con mucha fuerza abrían al desventurado y de presto sacábanle el corazón, y el oficial de esta maldad daba con el corazón encima del umbral del altar de parte de fuera, y allí dejaba hecha una mancha de sangre; y caído el corazón, estaba un poco bullendo en la tierra, y luego poníanle en una escudilla cuauhxicalli delante del altar.

«Otras veces tomaban el corazón y levantábanle hacia el sol, y a las veces untaban los labios de los ídolos con la sangre. Los corazones a las veces los comían los ministros viejos; otras los enterraban, y luego tomaban el cuerpo y echábanle por la gradas abajo a rodar; y allegado abajo, si era de los presos en guerra, el que lo prendió, con sus amigos y parientes, llevábanlo, y aparejaban aquella carne humana con otras comidas, y otro día hacían fiesta y le comían; y si el sacrificado era esclavo no le echaban a rodar, sino abajábanle a brazos, y hacían la misma fiesta y convite que con el preso en guerra.

«En esta fiesta Panquetzaliztli sacrificaban de los tomados en guerra o esclavos, porque casi siempre eran éstos los que sacrificaban, según el pueblo, en unos veinte, en otros treinta, o en otros cuarenta y hasta cincuenta y sesenta; en México se sacrificaban ciento y de ahí arriba.

«Y nadie piense que ninguno de los que sacrificaban matándolos y sacándoles el corazón, o cualquiera otra muerte, que era de su propia voluntad, sino por fuerza, y sintiendo muy sentida la muerte y su espantoso dolor.

«De aquellos que así sacrificaban, desollaban algunos; en unas partes, dos o tres; en otras, cuatro o cinco; y en México, hasta doce o quince; y vestían aquellos cueros, que por las espaldas y encima de los hombros dejaban abiertos, y vestido lo más justo que podían, como quien viste jubón y calzas, bailaban con aquel cruel y espantoso vestido.

«En México para este día guardaban alguno de los presos en la guerra que fuese señor o persona principal, y a aquél desollaban para vestir el cuero de él el gran señor de México, Moctezuma, el cual con aquel cuero vestido bailaba con mucha gravedad, pensando que hacía gran servicio al demonio Huitzilopochtli que aquel día honraban; y esto iban muchos a ver como cosa de gran maravilla, porque en los otros pueblos no se vestían los señores los cueros de los desollados, sino otros principales. Otro día de la fiesta, en cada parte sacrificaban una mujer y desollábanla, y vestíase uno el cuero de ella y bailaba con todos los otros del pueblo; aquél con el cuero de la mujer vestido, y los otros con sus plumajes» (Historia I,6, 85-86).

Diego Muñoz Camargo, mestizo, en su Historia de Tlaxcala escribe: «Contábame uno que había sido sacerdote del demonio, y que después se había convertido a Dios y a su santa fe católica y bautizado, que cuando arrancaba el corazón de las entrañas y costado del miserable sacrificado era tan grande la fuerza con que pulsaba y palpitaba que le alzaba del suelo tres o cuatro veces hasta que se había el corazón enfriado» (I,20).

Estos sacrificios humanos estaban más o menos difundidos por la mayor parte de los pueblos que hoy forman México. En el nuevo imperio de los mayas, según cuenta Diego de Landa, se sacrificaba a los prisioneros de guerra, a los esclavos comprados para ello, y a los propios hijos en ciertos casos de calamidades, y el sacrificio se realizaba normalmente por extración del corazón, por decapitación, flechando a las víctimas, o ahogándolas en agua (Relación de las cosas de Yucatán, cp.5; +M. Rivera 172-178).

En la religión de los tarascos, cuando moría el representante del dios principal, se daba muerte a siete de sus mujeres y a cuarenta de sus servidores para que le acompañasen en el más allá (Alvear 54)...

Las calaveras de los sacrificados eran guardadas de diversos modos. Por ejemplo, el capitán Andrés Tapia, compañero de Cortés, describe el tzompantli (muro de cráneos) que vio en el gran teocali de Tenochtitlán, y dice que había en él «muchas cabezas de muertos pegadas con cal, y los dientes hacia fuera». Y describe también cómo vieron muchos palos verticales, y «en cada palo cinco cabezas de muerto ensartadas por las sienes. Y quien esto escribe, y un Gonzalo de Umbría, contaron los palos que había, y multiplicando a cinco cabezas cada palo de los que entre viga y viga estaban, hallamos haber 136.000 cabezas» (Relación: AV, La conquista 108-109; +López de Gómara, Conquista p.350; Alvear 88).

«Lágrimas y horror y espanto»

Como hemos dicho, en casi todos los meses del año, religiosamente ordenado por el Calendario azteca, se realizaban en México muy numerosos sacrificios humanos. Fray Juan de Zumárraga, arzobispo de México, en una carta de 1531 dirigida al Capítulo franciscano reunido en Tolosa, dice que los indios «tenían por costumbre en esta ciudad de México cada año sacrificar a sus ídolos más de 20.000 corazones humanos» (Mendieta V,30; +Trueba, Cortés 100). Eso explica que cuando Bernal Díaz del Castillo visitó el gran teocali de Tenochtitlán, aunque era soldado curtido en tantas peleas, quedó espantado al ver tanta sangre:

«Estaban todas las paredes de aquel adoratorio tan bañado y negro de costras de sangre, y asimismo el suelo, que todo hedía muy malamente... En los mataderos de Castilla no había tanto hedor» (cp.92).

Bernardino de Sahagún, franciscano llegado a México en 1529, donde vivió sesenta años, en su Historia General de las cosas de la Nueva España (lib.II), describe detalladamente el curso de los diversos cultos rituales que se celebraban en cada uno de los 18 meses, de 20 días cada uno. Por él vemos que a lo largo del año se celebraban sacrificios humanos según una incesante variedad de motivos, dioses, ritos y víctimas. En el mes 1º «mataban muchos niños»; en el 2º «mataban y desollaban muchos esclavos y cautivos»; en el 3º, «mataban muchos niños», y «se desnudaban los que traían vestidos los pellejos de los muertos, que habían desollado el mes pasado»; en el 4º, como venían haciendo desde el mes primero, seguían matando niños, «comprándolos a sus madres», hasta que venían las lluvias; en el 5º, «mataban un mancebo escogido»; en el 6º, «muchos cautivos y otros esclavos»...

Y así un mes tras otro. En el 10º, «echaban en el fuego vivos muchos esclavos, atados de pies y manos; y antes que acabasen de morir los sacaban arrastrando del fuego, para sacar el corazón delante de la imagen de este dios»... En el 17º mataban una mujer, sacándole el corazón y decapitándola, y el que iba delante del areito canto y danza, tomando la cabeza «por los cabellos con la mano derecha, llevábala colgando e iba bailando con los demás, y levantaba y bajaba la cabeza de la muerta a propósito del baile». En el 18º, en fin, «no mataban a nadie, pero el año del bisiesto que era de cuatro en cuatro años, mataban cautivos y esclavos». Los rituales concretos -vestidos, danzas, ceremoniales, modos de matar- estaban muy exactamente determinados para cada fiesta, así como las deidades que en cada solemnidad se honraban.

Fray Bernardino de Sahagún, tras escuchar a múltiples informantes indios, consigna fríamente todos sus relatos -en los que a veces se adivinan cantilenas destinadas a ser retenidas en la memoria, para mejor recordar los ritos exactos-, y finalmente exclama: «No creo que haya corazón tan duro que oyendo una crueldad tan inhumana, y más que bestial y endiablada, como la que arriba queda puesta, no se enternezca y mueva a lágrimas y horror y espanto; y ciertamente es cosa lamentable y horrible ver que nuestra humana naturaleza haya venido a tanta bajeza y oprobio que los padres, por sugestión del demonio, maten y coman a sus hijos, sin pensar que en ello hacían ofensa alguna, mas antes con pensar que en ello hacían gran servicio a sus dioses. La culpa de esta tan cruel ceguedad, que en estos desdichados niños se ejecutaba, no se debe tanto imputar a la crueldad de los padres, los cuales derramaban muchas lágrimas y con gran dolor de sus corazones la ejercitaban, cuanto al crudelísimo odio de nuestro enemigo antiquísimo Satanás, el cual con malignísima astucia los persuadió a tan infernal hazaña. ¡Oh Señor Dios, haced justicia de este cruel enemigo, que tanto mal nos hace y nos desea hacer! ¡Quitadle, Señor, todo el poder de empecer!» (lib.II, cp.20).

La poligamia

Cuenta Motolinía que en México «todos se estaban con las mujeres que querían, y había algunos que tenían hasta doscientas mujeres. Y para esto los señores y principales robaban todas las mujeres, de manera que cuando un indio común se quería casar apenas hallaba mujer» (I,7, 250).

Del tlatoani Moctezuma cuenta López de Gómara que en Tepac, el palacio en que normalmente residía, «había mil mujeres, y algunos afirman que tres mil entre señoras y criadas y esclavas; de las señoras, que eran muy muchas, tomaba para sí Moctezuma las que bien le parecía; las otras daba por mujeres a sus criados y a otros caballeros y señores; y así, dicen que hubo vez que tuvo ciento y cincuenta preñadas a un tiempo, las cuales, a persuasión del diablo, movían, tomando cosas para lanzar las criaturas, o quizá porque sus hijos no habían de heredar» (Conquista p.344; +Francisco Hernández, Antigüedades I,9)...

El enigma de los contrastes inconciliables

Quienes se asoman al mundo del México prehispánico no pueden menos de quedarse admirados de lo bueno, horrorizados de lo malo, y finalmente perplejos, al no saber cómo conciliar lo uno y lo otro. ¿Cómo es posible que en medio de tantas atrocidades se produjeran a veces, en los mismos que las realizaban, elevaciones espirituales tan considerables? (+L. Séjourné, Pensamiento 21). Es un misterio... Se desvanecería el enigma si tales elevaciones fueran sólo aparentes, pero resulta muy difícil dudar de su veracidad.

Ciertos rasgos de nobleza espiritual parecen indudables y relativamente frecuentes. Recordemos en aquellos primitivos pueblos mexicanos el sentido profundo de una transcendencia religiosa que impregnaba toda la vida, el sentido respetuoso de la autoridad familiar y social, la conciencia de pecado, las severas prácticas penitenciales comunes al pueblo o las excepcionales realizadas por algunos -como el llamado ayuno teuacanense de algunos jóvenes: cuatro años de oración, de celibato y de abstinencia rigurosa (Hernández, Antigüedades III,17)-, las oraciones bellísimas alzadas frecuentemente a los dioses... ¿Cómo relacionar todo esto con tantos otros errores y crímenes?

La clave del enigma está en que los mexicanos profesaban sinceramente una religiosidad falsa. La profundidad de su religiosidad, frente al Absoluto de unas divinidades superiores a lo humano, explica lo mucho que en ellos había de noble y admirable: es la presencia misericordiosa de Dios, que también actúa allí donde los hombres le buscan y apenas le conocen (+Hch 10,34-35). Y la falsedad de su religiosidad es lo que explica el abismo de los horrores diabólicos y de las supersticiones ignominiosas en el que estaban hundidos.

Conquistadores y pobladores cristianos Indice de Hechos de los Apóstoles en América.

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QU'EST CE QU'UN TIANGUIS ? - Que es un tianguis ?

su historia

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